
Depuis plusieurs semaines, l’Apli (association des producteurs de lait indépendants) bat la campagne pour expliquer la gestion du marché laitier canadien. À Bourbriac, Claude Le Hervé, formateur au CFA de Pommerit-Jaudy, « mais intervenant à titre privé en tant que membre de l’Apli », a-t-il souligné, l’a présenté tel qu’il est vécu plus spécifiquement au Québec.
Un système protectionniste
Concrètement, une fédération rassemble l’ensemble des producteurs, une structure financée par une contribution des éleveurs. C’est elle qui redirige le lait vers les entreprises de transformation. Elle négocie le prix du lait pour l’ensemble des producteurs avec une mutualisation des frais d’approche. Un système qui convient aux producteurs et aux entreprises dans la mesure où les autorités canadiennes ont aussi tout fait pour protéger le marché en limitant les importations. Les différentes parties y voient des avantages : « la stabilité du revenu pour les producteurs, une équité d’achat pour les entreprises, un approvisionnement garanti ». Et le consommateur ne s’en plaint pas.
Claude Le Hervé reconnaît cependant que le système subit régulièrement les assauts de ses voisins américains. Car ce protectionnisme n’est pas très conforme aux règles de l’OMC (organisation mondiale du commerce). Et d’aucuns s’interrogent s’il pourra perdurer en l’état.
L’autre handicap, vu du côté des producteurs, est le prix du quota (en kilos de matière grasse) fixé aux environs de 20 000 euros par vache. Ce qui alourdit le poste charges et constitue un frein pour l’installation. De fait, les exploitations subissent aussi le phénomène de concentration de la production. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. 13 600 producteurs au Canada pour 4,6 milliards de litres de lait (moyenne 550 000 litres) et au Québec 6600 producteurs pour 2,8 milliards (moyenne 420 000 litres). La Bretagne (20 % de la production française), c’est 4,7 milliards de litres pour 15000 exploitations soit une moyenne proche de 300 000 litres. Ce qui fait aussi dire à Jean-Marc Thomas de la Confédération Paysanne, que « la Bretagne n’a pas vraiment de leçons à recevoir du Canada en matière d’aménagement et d’occupation du territoire ».
Au final, il s’avère qu’il y a sûrement des idées à prendre dans le système canadien, mais tout le monde reconnaît aussi que sa transposition dans une Europe à 27 est illusoire.
Négocier pour les adhérents
Quant à l’Office du lait, proposé par l’Apli, sa concrétisation tarde tant au niveau français qu’européen. Les contours juridiques restent à préciser ainsi que son fonctionnement. Pascal Cousté, le délégué régional, se veut pourtant confiant et persuasif. Il situe à 18,3 % du lait français le taux d’adhésion à l’Apli.
Ne croyant pas à une entrée au sein de l’interprofession (Cniel), il estime pouvoir dans les prochaines semaines engager des négociations pour ceux qui ont, ou auront adhéré. Des transformateurs seraient, selon lui, prêts à se mettre autour de la table, sans préciser lesquels. En pratique, on saisit cependant mal comment les entreprises négocieraient pour seulement une partie de leurs livreurs et surtout comment ils paieraient un prix différent entre ceux qui se reconnaissent dans l’Apli et ceux qui n’adhèrent pas.
Le dossier est d’autant plus complexe que les producteurs sont, dans le cadre des quotas et ce jusqu’en 2015. Ils sont liés en tant que livreurs à une entreprise privée ou adhérents à une coopérative. Le passage d’une laiterie à une autre n’est pas si simple. A l’échelle de l’Europe, l’application des quotas d’un pays à l’autre diffère aussi et les approches divergent. Les obstacles ne manquent donc pas.
Pierre Dénès
Photo : Pascal Cousté, délégué régional de l’Apli et Claude Le Hervé, en cours de présentation du système canadien.
La violence du discours
Le discours de l’Apli reste toujours aussi ferme voire corrosif à certains moments. Personne n’est épargné, et surtout pas les entreprises avec même une mise en doute de la qualité des produits transformés. L’image du lait et des produits laitiers en prend un coup. Et pourtant c’est sans nul doute, le secteur qui a le mieux, et depuis longtemps, fait des efforts de communication au travers du Cidil. « Ce genre de propos, c’est un peu se tirer une balle dans le pied », commentait un éleveur à l’issue de la réunion. Les pouvoirs publics, le syndicalisme majoritaire, l’interprofession, les médias … sont aussi fustigés. Avec des propos parfois violents quand Pascal Cousté n’hésite pas à parler de « situation de guerre ». Concluant sur un : « on collabore ou on résiste ». Le ton est donné.