
Ce n'est pas par une critique directe et simpliste du "modèle agricole breton" que Gérard Maisse, président du centre Inra de Rennes et invité mardi 26 à l'assemblée générale de la Confédération paysanne 22, a lancé son intervention. C'est par un constat des résultats : "le modèle a fait émerger une industrie alimentaire qui représente 35 % de l'emploi industriel en Bretagne, mais l'emploi y stagne. L'objectif de nourrir le pays a été atteint mais le modèle n'est pas favorable à l'économie de l'agriculture bretonne : avec 17 600 euros de résultat moyen / actif, la Bretagne arrive au 21ème rang français juste après la Corse". Et le dernier point, environnemental celui-là : "des résultats ont bien été obtenus, mais les problèmes (nitrates, pesticides) demeurent".
Être éco intensif
Autant d'éléments qui méritent, pour le chercheur, de prendre un tournant, qu'il imagine autour de plusieurs pistes : l'agriculture "éco-intensive", tout d'abord, que l'on doit à Michel Griffon, doit en être la base. Il s’agit d’utiliser de manière amplifiée les fonctionnalités écologiques des agro-écosystèmes et des intrants conventionnels de manière subsidiaire et cohérente. Reste à savoir précisément ce que l'on place derrière le concept et à faire en sorte que "l'aspect communication ne prenne pas, cette fois, le pas sur la technique comme cela a pu être le cas pour d'autres concepts", relèvera le porte parole du syndicat Thierry Thomas.
Autre piste prônée par Gérard Maisse : le passage d'un seul modèle agricole à plusieurs, ces derniers devant être en phase avec la diversité du territoire. Ainsi, les circuits courts seraient préférentiellement réservés aux zones côtières et périurbaines, aux pouvoirs d'achat plus élevés. "L'idée n'est pas de raisonner à la parcelle, mais bien de façon globale." Troisième point auquel invite expressément le chercheur : la recherche de valeur ajoutée en développant l'innovation et les signes officiels de qualité (SOQ) à la production. Seules 12 % des exploitations bretonnes sont, à l'heure actuelle, sous SOQ.
Nourrir le monde, une utopie
Côté volume de production à fournir, demain, par la Bretagne – et, indirectement, effectif d'actifs en agriculture –, le chercheur ne s'avancera pas, se montrant néanmoins plus que réservé quant au principe d'une Bretagne ou d'une France "nourricière du monde", puisque "d'autres pays ont des possibilités immenses". Une conclusion plus mesurée, en somme, que celle de Thierry Thomas dans son intervention : "il faut désengorger la Bretagne de ses excédents de productions animales. Sur les productions de masse à bas prix, nous n'avons pas d'avenir : il faut aller chercher la valeur ajoutée qu'il n'y a pas actuellement en Bretagne". Des idées que le syndicat peine à faire entendre hors de son pré carré, la porte de différentes instances lui restant fermée : c'est ce qu'auront pu regretter plusieurs responsables de commissions lors de la partie statutaire de l'AG.
Anne-Laure Lussou
Photo : Jeter les bases d'un modèle agricole durable, tels étaient les objectifs des membres du syndicat et du chercheur Gérard Maisse, mardi 26.