
Paradoxalement, ce n'est pas l'enthousiasme qui domine, au sein du Réseau agriculture durable (Rad), face aux nouvelles mesures de conditionnalité définies pour garantir le maintien des surfaces en herbe, à partir de 2010. Certes, sur le principe, le fait que l'instauration des prairies soit incitée est bien vu. Mais les mesures qui y sont corrélées freinent l'enthousiasme. "En fait, résume Joël Restif, agriculteur à La Guerche-de-Bretagne (35), membre de l'Adage et en charge de ce dossier pour le Rad, plus on a déjà de prairies dans son assolement, plus ces mesures s'avèrent contraignantes. Elles handicapent le système au lieu de le promouvoir. Or nous défendons des mesures qui ont prouvé leur efficacité environnementale."
Rigidité pénalisante
Dans le cas de figure où la surface française en prairies reste inchangée, comme prévu pour cette année, l'exigence de maintien des prairies temporaires à l'échelle de l'exploitation correspondra à 50 % de la surface de référence 2009 (contre 70 % comme prévu précédemment). S'y ajoute une tolérance à la stricte réimplantation "1 ha pour 1 ha" des pâturages permanents (prairies permanentes + prairies temporaires de plus de 5 ans PT5) de 5 % de la surface de référence en pâturages permanents 2009. "Dans ces conditions, même avec les 5 %, l'éleveur qui possède déjà beaucoup de PT 5 perdra de la souplesse, réagit Joël Restif. Par exemple, si l'une de ses prairies nouvellement implantée est à refaire, comment fera-t-il ? Autre cas de figure : si un exploitant en système tout herbe veut réintroduire des céréales dans son assolement, comment fait-il ?" Les herbagers craignent, en outre, que ces mesures ne représentent un frein supplémentaire à la diffusion de leur système. "Le repreneur d'une exploitation devant continuer à respecter ces mesures, nous allons transmettre une contrainte supplémentaire, poursuit Joël Restif. Or, nos exploitations se caractérisent déjà souvent par des DPU inférieurs à ceux des autres systèmes."
Pour un plafonnement
Certes satisfaits des premières modifications apportées au dispositif sur la conditionnalité 2010, les herbagers se positionnent pour un ajustement supplémentaire. "Nous ne défendons pas le fait de ne pas être soumis à la loi. Ce que nous souhaitons, c'est un plafonnement de ces mesures pour qui possèdent déjà 50 % de sa SAU et 70 % de sa SFP en herbe. Ainsi, il lui reste une possibilité de souplesse." Des seuils qui s'avèrent peu éloignés de ceux qu'impose la contractualisation d'une MAE SFEI (55 % de la SAU et 75 % au minimum de la SFP en herbe, avec au maximum 18 % de la SFP en maïs). C'est justement cette proposition que défendait, ce jeudi 28, Joël Restif et d'autres représentants des herbagers du Grand Ouest, face à un représentant du Ministère de l'agriculture les recevant à ce sujet.
Anne-Laure Lussou
Photo : Joël Restif, agriculteur à La Guerche-de-Bretagne (35) et membre de l'Adage, suit le dossier pour le Rad.