
La campagne précédente, sur 2008/09, s'était bien déroulée avec des cotations élevées dans les variétés du domaine public (de 290 à 420 euros/tonne en Bintje de calibre moyen, par exemple). Sur les variétés sous exclusivité, les prix s'étaient maintenus. Les quantités de plants bretons commercialisés étaient en légère réduction, s'établissant à 124 900 tonnes.
S'agissant de la campagne en cours, les professionnels se montrent par contre mitigés. En pomme de terre de consommation, les quantités récoltées marquent une hausse, aussi bien en France (+3% estimés par rapport à l'année dernière), qu'en Europe (+4% pour les cinq principaux pays producteurs du Nord). Les cotations en Bintje ont commencé la saison à un piètre niveau : 70-75 euros/tonne à fin novembre 2009, contre 90-130 sur la même période en 2008. "Le marché reste peu actif et les prix stagnent sous la pression des "promotions" en grande distribution", indique Emmanuel Guillery, directeur de Bretagne-Plants.
En conséquence, le plant rencontre des difficultés de commercialisation. Sur le marché français, les variétés du domaine public connaissent des cotations en baisse, comparables à celles de 2007, et celles sous exclusivité affichent des prix stables ou en repli. A l'export, le tableau était moins noir en début de saison. "Les exportateurs ont tiré parti de la précocité des plantations et de la rapidité des arrachages 2009 pour livrer les marchés "précoces" : Cuba, Koweït, Mali, Soudan… où les tonnages sont en progression par rapport à la campagne précédente".
En Spunta par contre, principale variété exportée, les prix se sont effondrés dès l'ouverture du marché. En cause : "Les plantations 2009 en Europe sur cette variété ont augmenté de plus de 1 000 ha (+17%), après les fortes réductions de 2005 à 2008. Elles faisaient craindre un engorgement du marché. Certains exportateurs européens ont vendu en Egypte dès septembre à des prix inférieurs de 100 à 150 euros/t par rapport à la campagne précédente".
Forte demande algérienne en Spunta
Toutefois, la situation s'est ensuite redressée, notamment grâce à la forte demande algérienne. "Ce regain d'intérêt pour Spunta au Maghreb et dans certains pays du Proche-Orient élimine, pour cette campagne, le risque de surplus dans cette variété. Mais, il est défavorable aux nouvelles variétés". Eric Bargy, PDG de Germicopa, évoque de grosses difficultés de paiement sur des pays du Sud de l'Europe (Espagne, Portugal, Italie). Le volume exporté devrait au final s'approcher de 70 000 tonnes, comme pour les deux campagnes précédentes.
Dans un contexte difficile, la filière craint une recrudescence de la production de plants de ferme. "Les obtenteurs doivent défendre leurs variétés et la profession doit faire preuve de solidarité sur ce dossier", précise Eric Bargy. Actuellement, c'est à l'obtenteur de faire la police sur les exploitations concernant l'utilisation illégale de variétés protégées, comme le prévoit la réglementation européenne. Le syndicat des obtenteurs français souhaiterait faire évoluer cette réglementation.
Agnès Cussonneau
Photo : Sur certaines destinations à l'export, le plant breton tire son épingle du jeu.