
Ici, le système de reproduction est calé de longue date. Chaque année, la soixantaine de mères et leur suite qui ont à vêler le font à la même période : l'automne. "Les vêlages se concentrent en septembre et novembre, voire décembre pour les dernières à vêler", précise Daniel Latimier, responsable du troupeau allaitant, à 100 % en race pure Charolaise. Au maximum, les femelles vêlent dehors, tout en restant à proximité d'un bâtiment pour faciliter les interventions. À Crécom, les vaches passent en effet une large période de l'année dehors, la saison de pâturage étant allongée au maximum (10 mars - 25 novembre) pour valoriser l'herbe.
Groupage systématisé
C'est en fonction de cet objectif de période de vêlage qu'a été choisie la stratégie de reproduction, basée sur l'IA. "Dès l'acquisition du troupeau en 91, il nous a fallu maintenir le niveau génétique, en travaillant aussi pour l'améliorer. Nous devons cette amélioration génétique à l'IA, explique Daniel Latimier. Nos priorités, pour le choix des taureaux d'IA, sont restées inchangées : production laitière, morphologie, facilités de vêlages et qualités maternelles au sens large." Le fait que la mise à la reproduction ait lieu en décembre-janvier facilite ce recours à l'IA, les vaches étant en bâtiment.
Si les premières femelles inséminées, dès la rentrée en bâtiment, le sont suite à la détection de leurs chaleurs, cela ne représente qu'environ 15 % des cas. Pour les 85 % autres, un groupage est systématisé, avec intervention du vétérinaire. "Il réalise tout d'abord un examen génital de la vache afin de détecter une éventuelle anomalie, ce qui permettra de pouvoir la traiter rapidement, poursuit le responsable. Ensuite, il pose un implant sous la peau de la face externe de l'oreille (méthode Crestar), implant que nous retirons 9 jours plus tard. Au 11ème jour, intervient la venue en chaleur." En présence de l'implant, la libération d’hormones gonadotropes par l’hypophyse est en effet bloquée. Cette dernière reprend lorsque l'implant est ôté : les femelles présentent alors, de façon synchronisée, une phase folliculaire qui mène aux chaleurs et à une ovulation. "Cette méthode nous permet d'inséminer un nombre important de vaches en très peu de temps, apprécie Daniel Latimier. Ce n'est pas rien."
55 % de réussite en 1ère IA
Pas de place pour le hasard, toujours, dans la suite des événements. Trois semaines après IA, les retours en chaleur sont particulièrement guettés. Le planning de reproduction est soigneusement tenu. "Nous réalisons une deuxième IA si besoin, mais pas davantage : les femelles qui ne sont pas pleines après deux IA sont mises au taureau." Mais les résultats de l'IA sont à la hauteur : en 1ère IA, la réussite atteint 55 % pour les multipares et 60 – 65 % pour les génisses, tandis qu'en seconde IA elle atteint 81 – 85 %, les deux catégories confondues. "Le groupage a aussi l'avantage de déclencher la venue en chaleur de certaines vaches qui peuvent se trouver en anoestrus", ajoute Daniel Latimier. Des vaches qui, sans cette technique, auraient mis plus de temps à venir en chaleur. À Crécom, l'IVV moyen du troupeau est de 376 jours.
Écho et flushing
Le bon taux de reproduction est favorisé par le recours à l'échographie et par un flushing : à la rentrée en bâtiment, la ration de base comprend 7 kg de MS de maïs / j, du foin à volonté, 180 g de CMV, 500 g de soja pour les multipares et 700 pour les primipares. Après le 20 janvier, cette ration est abaissée à 5 kg de maïs, du CMV, 300 g de soja pour les multipares et 500 pour les primipares. "On considère en effet que la reproduction est assurée, indique le responsable. Qui apprécie l'organisation cadrée permise par le système actuel : quand la période est aux vêlages, nous y sommes à 100 %."
Anne-Laure Lussou
Photo : L'IVV moyen obtenu à Crécom est de 376 jours, avec 370 jours entre le 1er et le 2ème vêlage.
Implant ou spirale, chacun son choix"La spirale vaginale a l'avantage de pouvoir être posée par l'éleveur, contrairement à l'implant. Mais c'est assez délicat, considère Daniel Latimier. Pour notre part, nous avons opté pour l'implant dès le départ." Pour l'ensemble de la technique (examen génital, pose…), il considère qu'il faut compter 20 - 25 euros par animal. "Certes c'est un coût, mais il faut bien le mettre en parallèle avec tous les avantages, non négligeables, que la technique permet."