
Ne craignons pas d'avoir de grosses entreprises, qui gagnent de l'argent. Ce sont ces entreprises qui sont capables de créer de la valeur ajoutée et de payer les producteurs, en retour". Capables également d'investir pour résister à la concurrence, selon Jean-Bernard Solliec. Et de citer les exemples des abatteurs danois ou allemand, Danish Crown, Vion ou Tonnies, véritables poids lourds de la discipline, aux côtés desquels les leaders nationaux Bigard-Socopa ou Cooperl font encore figure de poids plume, malgré les restructurations des deux dernières années. "Il y aura encore des mouvements dans le domaine de l'abattage", prédit le directeur de Coopagri Bretagne. Les entreprises devront être capables de valoriser la production en investissant dans la recherche et l'innovation. "Des groupes taillés pour l'export, aux activités suffisamment diversifiées pour atteindre tous les segments de marché et dégager de la marge".
Débouchés solvables
Pour se développer et assurer un avenir à leurs adhérents, les coopératives doivent agir sur deux leviers : trouver des débouchés solvables et aider l'éleveur à comprimer les coûts de production. L'échec de Socopa est encore dans les mémoires. "Les difficultés de Socopa datent de la guerre du Golfe. Les livraisons conséquentes de marchandises à l'Irak n'ont jamais été payées". Fortement endettée et pénalisée par les frais financiers, l'entreprise a été contrainte, l'an dernier, de trouver une solution pour poursuivre l'activité (rapprochement avec Bigard). "Pour éviter de subir et être acteur, les entreprises doivent avoir des fonds propres. C'est la seule solution pour avoir la confiance des banques et réaliser les investissements nécessaires de développement".
Soutien aux éleveurs
Au niveau des élevages, l'appui technique permet aux éleveurs de maîtriser leurs coûts de revient. "Nous investissons dans la matière grise. Nos techniciens sont formés en continu et diffusent leur savoir aux producteurs". La coopérative doit proposer aux adhérents une palette de produits suffisante pour répondre à leurs besoins, en terme de génétique ou de nutrition animale. "Avec l'acquisition de Nutrea, nous renforçons l'équilibre collecte de céréales – fabrication d'aliments – production".
Le groupement porc soutient les éleveurs dans les phases les plus fragiles. Le Contrat Nouvel Investisseur, proposé à l'installation, joue son rôle d'amortisseur en garantissant un prix de vente en fonction du prix de l'aliment. "Les jeunes producteurs de lait vont également en bénéficier". Les prêts du groupement et les aides à la trésorerie, lors des crises conjoncturelles, sont également des outils au service des producteurs.
Taxe carbone punitive
L'environnement économique global inquiète Jean-Bernard Solliec. "Les distorsions de concurrence entre pays européens, les discussions à l'OMC, concernant les importations, sont des menaces". En France, la fiscalité et les contraintes administratives l'insupportent. "Le cancer transnational écologiste sévit actuellement. Certains souhaitent une fiscalité verte car ils sont écologistes. D'autres parce qu'ils ont besoin d'argent". Il fustige la taxe carbone. "Une taxe punitive, surtout pour les métiers de l'agroalimentaire breton. Nous travaillons des produits qu'il faut constamment sécher ou refroidir. Dans une région excentrée qui plus est". Dans l'intérêt de la Bretagne, il invite les entrepreneurs et les politiques à se défendre de manière collective. "Et surtout pas de manière individuelle, en se disant que soi-même, on va y échapper".
Bernard Laurent
Photo : De gauche à droite : Pierre Hellec, président du groupement pour le Morbihan et Jean-Bernard Solliec, directeur de Coopagri Bretagne.
L'avis de Michel Bloc'h, Président du groupement porc de Coopagri Bretagne
"Créer une marque nationale clairement identifiée"
Les défis pour la production porcine bretonne sont nombreux. Des pays concurrents ont des structures d'élevage plus récentes que les nôtres, et de meilleurs résultats techniques. Les abattoirs allemands bénéficient d'un avantage concurrentiel en terme de charges sociales, équivalent à 5 euros par porc. Nous étudions la possibilité de porter plainte. Concernant la valorisation de nos produits, il est impératif d'augmenter l'offre au Marché du porc breton. Tous les groupements doivent s'y mettre. Objectif : être sûr de faire le bon prix. Il faut également créer une marque nationale clairement identifiée, offrant au consommateur des garanties sanitaires et sociales, pour contrer les importations massives. Enfin, il convient de faire évoluer les pratiques promotionnelles. La grande distribution doit comprendre que proposer une longe à 1,60 euro du kilo, comme on a pu le voir, condamne le producteur.