
Avec l'Association Ségrafo, qui fêtait ses 10 ans le 22 janvier dernier (lire ci-contre), Pascal Le Cœur, de la Chambre d'agriculture du Finistère, a suivi quelques exploitations bretonnes équipées d'un système de séchage du foin en grange. Il a, ainsi, pu identifier les points essentiels qui conditionnent la rentabilité de tels systèmes. Il annonce la couleur : "aujourd'hui il faut vraiment se fixer, en premier lieu, un montant de charges opérationnelles de l'atelier bovin à moins de 100 euros / 1000 litres." Côté coût alimentaire "vaches laitières", il fixe la barre à moins de 40 euros les 1000 L vendus.
L'herbe au sens large
Et, quand bien même on opte pour la technique du séchage en grange, c'est avant tout la maximisation du pâturage qui doit être visée, pour obtenir ce faible coût alimentaire. "La base de l'alimentation doit rester, autant que faire se peut, le pâturage", rappelle Pascal Le Coeur. Distillant au passage des clés pour produire de l'herbe à faible coût : valoriser les engrais de ferme sur des associations graminées-légumineuses adaptées (associations simples pour le pâturage, multi-espèces pour la fauche et le pâturage), contrôler le coût global de sa chaîne de récolte (pas de double équipement)... Pour qui opte pour un séchoir, le conseiller préconise d'y mettre des produits de haute valeur ajoutée, en respectant certaines règles comme le fait de récolter à un stade précoce. Si la contrainte du maïs fourrage est le manque de protéines, celle du foin ventilé est un niveau énergétique inférieur. Or, le foin ventilé récupère une partie de la valeur par la fauche d'un fourrage plus jeune.
Faire un vrai choix
L'investissement principal, lorsque l'on opte pour le séchage, est le bâtiment. D'où la nouvelle mise en garde de Pascal Le Cœur : "si on investit dans un séchoir, il faut faire résolument le choix de l'herbe, et ne pas rester à mi chemin entre un système maïs et un système herbe, ce qui implique de conserver des équipements pour les deux et de ne pas être vraiment disponible pour les pointes de travail." Hors autochargeuse, l'investissement dans un séchoir varie en fonction de sa capacité mais se situe difficilement au-dessous des 100 000 – 200 000 euros. Autrement dit, un investissement qu'on ne fait pas sur un coup de tête. Pour le conseiller, c'est en fait l'aptitude à pâturer qui doit conditionner la dimension de son investissement. Tout le raisonnement doit partir de là.
Se poser la question du bio
Reste la question de la rentabilité du système. Sans dévoiler de résultats moyens obtenus par les exploitations qu'il a suivi, Pascal Le Cœur confirme que certains d'entre elles, respectant l'ensemble des critères cités et disposant d'un bon recul sur la technique, parviennent à dégager des EBE avant main-d'œuvre de 300 euros les 1000 L. "Ils ont tous les clignotants au vert", commente-t-il. Avant de préciser tout de même que, pour quiconque s'intéresse au séchage, il est de bon ton de commencer à réfléchir, dans la foulée, à une conversion à l'agriculture biologique. "Je ne dis pas qu'il faut passer en bio. Je dis que la plus-value bio est un complément précieux pour l'efficacité du système de production, sachant qu'un système herbager peut accéder au cahier des charges de l'AB."
Anne-Laure Lussou
Ségrafo, 10 ans d'action
L'association Ségrafo Ouest s'est créé en 2000, à l'initiative d'une poignée d'agriculteurs de Bretagne et de Pays-de-la-Loire, se fixant pour mission d'assurer le développement et la promotion de la technique du séchage en grange. Aujourd'hui, l'association compte 190 adhérents, avec un objectif de plus de 200 en 2010. Elle emploie 2,5 animateurs. Le développement du photovoltaïque lui ouvre des horizons nouveaux, la mise en place de panneaux sur un bâtiment pouvant le financer en partie. Mais les responsables de l'Association restent prudents sur ce point, car l'ajout de panneaux impose de veiller à toute une série de critères supplémentaires (circulation de l'air directement sous les panneaux, etc.).