
Force est de constater que si sa réussite économique est incontestable, ces dernières années, non seulement le modèle agricole breton ne fait plus autant rêver, il est aussi régulièrement attaqué pour ses dérives.
Michel Cadot, préfet de Région, l’a rappelé lors de la session de la Chambre régionale lundi dernier à Rennes. « Nous partageons le constat de la réussite du modèle agricole breton. Il concentre 1/3 des emplois et des exportations. Le fruit du travail de deux générations ». Un satisfecit vite atténué lorsqu’il met en évidence les carences. « Mais nous constatons désormais une perte de compétitivité, une valeur ajoutée plus faible en Bretagne (38 %) qu’en moyenne nationale (48 %), un impact environnemental important, coûteux et lourd administrativement. Une perception différente de la société. L’adhésion collective du passé s’est transformée ». Il constate de plus en plus de conflits.
Intégrer les nouvelles exigences
Ce constat, la Chambre régionale le fait également. Olivier Allain, le président de la commission économique, a rappelé les éléments de la réussite qu’il s’agisse du poids des différentes productions, de la contribution au développement des entreprises agricoles et agroalimentaires, de l’emploi … Mais également les limites : « une concentration des exploitations qui s’éloignent du modèle familial, une faible valeur ajoutée, une internationalisation de la concurrence qui le rend vulnérale, les dommages environnementaux ». De fait il estime que « l’agriculteur est devenu un maillon d’une chaîne agroindustrielle complexe dans laquelle il a perdu le pouvoir et une bonne partie du contrôle du progrès technique ».
Pas question cependant « de jeter le bébé avec l’eau du bain ». Car l’agriculture et l’agroalimentaire constituent toujours le pilier essentiel de l’économie régionale. Olivier Allain imagine un modèle différent qui intègre de nouvelles exigences comme celles qui sont définies par le Grenelle de l’environnement (baisse de 50 % de la pression phytosanitaire, augmentation de la part de l’agriculture biologique, recherche de l’autonomie énergétique). Il plaide cependant pour : « une agriculture écologiquement intensive, car on ne peut penser économie sans penser environnement et inversement ; un nouveau dialogue entre l’agriculteur et le citadin et un positionnement différent de l’agriculteur dans l’organisation économique ».
Pour y aboutir, il met en avant plusieurs leviers possibles : « le contrôle des structures, des outils de gestion de marchés, anciens réactivés (droits de douane, restitution, stockage) ou nouveaux (contractualisation, assurances revenu et récoltes), une autre gestion des aides Pac, une nouvelle approche système dans les filières, là aussi dans une perspective d’une plus grande autonomie ».
De la nécessaire lisibilité
Les élus de la Chambre ne font en fait qu’entamer leur réflexion. Ils veulent la partager avec les autres acteurs régionaux des filières agricoles et agroalimentaires. Sans doute verra-t-on des approches différentes. La synthèse sera difficile pour asseoir une position qui puisse à la fois intégrer les dimensions économiques, sociales et environnementales.
Jacques Jaouen, le président de la Chambre régionale, a rappelé qu’il faudrait au final également tenir compte des réalités économiques internationales. Faisant référence aux décisions qui pourraient être prises au sein de l’OMC ou à Bruxelles, il conclut : « En fonction des décisions prises nous devrons aussi nous adapter. Mais il faut rapidement apporter de la lisibilité aux hommes et aux femmes qui font l’agriculture bretonne ».
Pierre Dénès
La session en bref- La mutualisation en marche : Entamée depuis plusieurs années, notamment au niveau de la recherche appliquée et des stations expérimentales, la mutualisation des services et des actions va se poursuivre. Une volonté des élus pour éviter les doublons et établir des synergies, mais aussi une obligation, car les chambres évoluent dans un contexte de restriction budgétaire qui les oblige à faire des économies.
- Une solution proche pour Entremont Alliance : Le préfet de région a annoncé qu’une solution pour le dossier Entremont Alliance pourrait être finalisée début février. Le groupe Sodiaal reste, semble t-il, l’acteur industriel le mieux placé. Les discussions avec les partenaires bancaires, ainsi que des apporteurs de capitaux se poursuivent. Mais aucun élément nouveau sur les conditions de reprise pour les producteurs n’a pour le moment été avancé. Prudence donc car les rebondissements ont jusqu’à présent été assez fréquents.