
C'est une demande récurrente de la part des producteurs de tomates, des Chambres d'agriculture et des FDSEA de la région Bretagne. Le message a été rappelé dernièrement aux pouvoirs publics, alors que les risques de pénurie d'électricité en Bretagne faisaient les gros titres dans les médias. "Créer des unités de cogénération permettrait de produire de l’électricité pour les communes bretonnes et de valoriser l’énergie calorifique dans les serres", répète la profession.
Les responsables de la coopérative Savéol (qui regroupe une centaine de producteurs maraîchers et 2 000 salariés sur la région brestoise, pour une surface de serres d’environ 200 hectares) ajoutent : "La cogénération répondra non seulement aux pics de consommation en hiver, mais aussi à une demande annuelle croissante en électricité des Finistériens".
Le principe est le suivant : avec du gaz naturel, le cogénérateur produit de l'électricité (revendue à EDF), ainsi que de la chaleur et du dioxyde de carbone (CO2). Ce dernier peut être recyclé dans les serres, à condition d'investir dans un catalyseur, lui aussi coûteux. Trois producteurs de Savéol ont d'ores et déjà investi dans la cogénération pour une puissance électrique totale de 6 Mégawatts. Ils ont alimenté 5 500 foyers en électricité dite spécifique (éclairage, électroménager, hifi...).
"Une enquête a montré que 30 à 35% des producteurs Saveol pourraient être intéressés par ce type d'énergie". La puissance produite par les adhérents de la coopérative pourrait atteindre 60 Mégawatts et approvisionner 55 000 foyers.
"Pourtant, les pouvoirs publics et RTE (Réseau de Transport Electricité) privilégient l'étude des unités de production d’électricité sans la valorisation de l’énergie ni du CO2, par exemple le projet d’une centrale électrique dans le Finistère Nord dont la maturité de réalisation serait de 5 ans au moins. La cogénération ne nécessite que 1 à 2 ans de mise en place", précisent les responsables de Saveol, ajoutant : "Cette orientation politique génère un désarroi chez les producteurs souhaitant investir dans le projet de cogénération". Ils jugent qu'il est, "à ce jour, inadmissible de privilégier des solutions coûteuses en centrale et en réseaux, et non environnementales, face à des unités de production décentralisées pouvant pérenniser 2 000 emplois directs et qui contribueraient certainement à l’image de l’agriculture moderne".
A. Cussonneau
Photo : "Créer des unités de cogénération permettrait de produire de l’électricité pour les communes bretonnes", répètent les professionnels.
Augmenter la période de rachat de l’électricité
La requête des professionnels porte précisément sur l'augmentation de la période de rachat de l'électricité par EDF, actuellement de 5 mois, du 1er novembre au 31 mars. "Aux Pays-Bas, le rachat se fait toute l'année. En Belgique, c'est aussi le cas et les producteurs disposent en plus d'aides pour la mise en place d'énergies vertes", note David Potereau, serriste à Guilers et responsable du dossier énergie à Savéol. Etant donné le coût important de la mise en place de la cogénération (près du double d'une chaudière gaz), les choix politiques français entraînent des difficultés pour rentabiliser l'installation.