Actualités agricoles Paysan Breton en Bretagne, Côtes d'Armor, Finistère, Ille-et-Vilaine, Morbihan
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Finistère (29)
L’agriculture fait ses comptes / Tenir bon la barre
 

Longtemps protégée par une Pac généreuse, l’agriculture voit graduellement tomber les remparts protecteurs. Le démantèlement progressif de la politique européenne expose aux vents violents et souvent imprévisibles de la mondialisation.
En cascade, l’agriculture subit de plein fouet les arrière-effets de la crise financière de l’automne 2008 qui s’est peu à peu transformée en crise économique. Et même si les économistes paraissent relativement optimistes pour l’année 2010, les échos de terrain envoient des messages contraires : la consommation n’est pas au rendez-vous ; le commerce est atone.


Incidence des intrants


Conséquence directe sur les produits agricoles : « La part de l’alimentaire continue de baisser. Les viandes les moins chères ont tiré leur épingle du jeu (volaille) au détriment des autres », indique Véronique Kerlidou, ingénieur d’études au CER. La progression attendue du chômage risque de peser encore dans ce sens.
Dans le même temps, la Bretagne agricole fortement dépendante pour ses matières premières (énergie, céréales, soja…) subit chaque à-coup du marché. « L’enjeu va être de tenir la barre », poursuit Anne-Yvonne Hénot, ingénieur d’étude, précisant que « si jusqu’à présent, la conjoncture se jouait sur les prix de vente, elle se fait de plus en plus sentir sur les intrants ». Et d’appuyer : « Naviguer à vue est devenu dangereux. Il faut apprendre ou réapprendre à utiliser les outils de gestion ».
Dans ce contexte mouvant, une autre évolution change la donne : « Avec le découplage quasi total des aides Pac, le choix devient uniquement économique ». Même si il peut être intéressant d’aller chercher des aides au niveau du 2e pilier (MAE rotationnelle pour les systèmes Scop) ou du côté de la conditionnalité (prime à l’herbe).


Faire du chiffre pour diluer les charges


L’ensemble des éléments conduit les conseillers de gestion à préconiser de faire du chiffre d’affaires pour écraser ou diluer les charges. « En tomates, les meilleurs résultats sont obtenus par les exploitations qui génèrent le plus de chiffre d’affaires : en produisant plus de kg/m2 ; au travers de la valorisation de la diversification. On fait le même constat en chou-fleur », cite Jean-Jo Castel, ingénieur d’étude. Même discours en lait de la part d’Anne-Yvonne Hénot. « Un des points-clés, c’est la dilution des charges de structure. C’est-à-dire faire plus avec les mêmes moyens de production. Même si la totalité de la réponse n’appartient pas qu’aux producteurs eux-mêmes, car s’agissant du lait l’agriculteur est aussi tributaire de la gestion française des quotas ».
Reste que ce discours ne semble pas audible par tous les producteurs. En porc et en lait, des éleveurs s’interrogent sur l’opportunité de faire plus pour ne pas gagner plus. « Les agriculteurs bretons sont-ils condamnés à produire de la matière première à pas cher ? », interroge un éleveur. Derrière ces propos, figure la répartition de la valeur ajoutée au sein de la filière. Avec une nouvelle cible : aujourd’hui, les flèches semblent davantage tirées vers les industriels que vers la grande distribution.

Didier Le Du


Photo : Les intrants pèsent de plus en plus sur les comptes des exploitations ont rappelé les ingénieurs de CER France Finistère lors d’une réunion à Landerneau.

 


 




 


 


Bilan de santé de la Pac

Le bureau d’étude du CER a calculé l’impact économique moyen, à l’horizon 2012, du bilan de la santé de la Pac sur les différents types d’exploitation en fonction de leur spécialisation. Sachant qu’en 2013 s’annonce une nouvelle réforme. Avec cette question : s’oriente-t-on vers une aide unique à l’hectare, quel que soit le pays, la production ?
- Lait : - 850 € (- 25 € si 25 % de maïs ; - 1 400 € si 50 % de maïs).
- Porc : - 2 200 €
- Vache allaitante : - 1 100 € en système naisseur ; - 700 € en système naisseur-engraisseur.
- Aviculture : - 700 €.
- Légume : + 2 100 €.




 




 


Anne-Yvonne Hénot


Lait : Dégradation rapide des résultats


Près de la moitié des clôtures d’août-septembre 2009 à moins de 6 000 de revenu par UTH ; 29 % des résultats en négatif et seulement 14 % à plus de 24 000 €. A.Y. Hénot parle de dégradation « très rapide des résultats » en production laitière. « Le point bas est prévu pour les clôtures de mars prochain ».
Conséquence directe : les trésoreries se dégradent
(-77 €/1 000 litres sur la campagne 2009/2010). Aujourd’hui, le point d’équilibre moyen est évalué à 320 €. « Tout prix inférieur entraîne une dégradation des trésoreries ». À titre de comparaison, le prix moyen perçu par l’éleveur pour les clôtures de fin d’année est de 278 €/1 000 l (260 à 274 € de prix de base selon les laiteries).
Contrairement à certaines années, les produits vache de réforme, veau et céréales n’ont pas compensé les faibles niveaux du prix du lait. Dans le même temps, les charges ont augmenté :
+ 16 €/1 000 l en 2 ans pour les charges opérationnelles ;
+ 15 € pour les charges de structure.
Pour le troisième trimestre 2009, le coût de revient net (prime Pac de 52 € déduite) était évalué à 353 €/1 000 litres. Ce qui signifie qu’il manque actuellement 40 à 50 €/1 000 litres pour garantir un revenu moyen.









Véronique Kerlidou


Porc : Le coût alimentaire discriminant


Alors que le prix de l’aliment « redevient un peu plus normal (185-190 €/tonne en 2009 (175 €/t aujourd’hui), soit 60 € de moins qu’en 2008 (23 ct/kg par kg net)», le prix du porc reste au taquet. « Il y a moins de fluctuation depuis 2002-2003, mais le prix reste en dessous de 1,20 €/kg en tendance (1,146 €/kg net en 2009) », chiffre Véronique Kerlidou. Et d’ajouter : « Sur 3 ans, le cumul de déficit est en moyenne de 23 ct/kg ».
Les trésoreries ont eu tendance à remonter sur le 1er semestre 2009. « Mais c’est aussi le fait de refinancements sur du moyen et long terme. Avec à la clé, des annuités plus importantes ». Reste que les plus fragiles ont dégradé leur trésorerie de 25 €/100 kg en 2 ans. « Les plus solides n’ont dégradé « que » de 9 €/100 kg ».
L’analyse approfondie des comptes montre que si la productivité reste un élément majeur, « la technique est cependant moins discriminante que le coût alimentaire (IC). Quant au lien au sol, il est devenu plus discriminant que les années passées ».
Sur le dernier trimestre 2009, la production est à nouveau en déficit (prix de revient supérieur au prix de vente du charcutier). « La récupération de la crise va peser sur les points d’équilibre, avec un besoin supérieur au coût de revient ».



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Date de l'article : semaine du N° du 22 au 28 Janvier 2010
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La révolution rurale des années 60





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