
Ils le répètent à l’envi : « Nous ne sommes pas là pour vous dire comment faire, mais pour expliquer notre fonctionnement ». Gilles Michaud, 900 000 litres de quota avec 100 vaches, et Jean Rousseau, 2 millions de litres avec 210 vaches, ne veulent pas être pris pour des donneurs de leçons par les producteurs bretons venus en nombre les écouter à Châteaubriant, Châteaulin, Trévé.
457 euros/tonne en 2008-2009
Néanmoins, les deux Canadiens ne cachent pas que si d’autres pays adoptaient leur système de quota blindé « par une volonté politique et une solidarité » à toute épreuve, ils ne seraient pas mécontents. Loin de là d’ailleurs. Car leur système laitier est dans le collimateur de l’OMC.
Bien dotés en quotas, Gilles Michaud et Jean Rousseau savent mieux que quiconque quel serait l’effet désastreux de l’ouverture des marchés sur leur revenu. Plus largement, le système canadien qui compte 13 200 fermes laitières (74 vaches – 575 756 litres – 2,5 personnes) ne résisterait pas à l’ouverture des marchés.
Aujourd’hui, le « prix du lait canadien est établi pour permettre aux 50 % plus efficaces de couvrir l’ensemble de leurs coûts, sans subvention », explique J. Rousseau qui ne manque pas de mettre en parallèle des courbes d’indice de prix canadien d’une stabilité presque miraculeuse au regard de celles des Etats-Unis et de l’Europe chahutées par les cours mondiaux. « Pour autant, des producteurs arrêtent aussi chez nous car leurs coûts de production sont trop élevés ».
Le résultat d’une mise en marché collective
On reproche parfois à ce système d’avoir favorisé la hausse des coûts de production. « Il y a une bourse de quotas avec un prix plafonné à 16 000 € les 9 000 litres », explique J. Rousseau estimant que l’investissement est rentabilisé en 5-6 ans. Reste l’accès aux jeunes qui visiblement n’est pas fluide si l’on en croit la politique d’attribution de lait gratuit mise en place depuis 4 ans. Mais ce dispositif reste marginal parce que limité à 10 jeunes par an.
Pour autant, la citadelle laitière canadienne apparaît un modèle envié des producteurs bretons si l’on se fie au baromètre des exclamations et des applaudissements, mardi dernier à Châteaulin. « C’est le résultat d’une mise en marché collective », répète Gilles Michaud. « Si vous n’êtes pas solidaires et disciplinés, vous ne pouvez pas mettre un système comme celui-là en place. D’autre part, notre système nécessite un cadre réglementaire approprié et un contrôle efficace des importations ». À l’Apli, on ne méconnaît pas l’obstacle. « Nous sommes sur un marché européen. C’est donc l’Europe qu’il faut convaincre », rappelle Sylvie Lamour, une des leaders de l’Apli Finistère.
Didier Le Du
Photo : Gilles Michaud et Jean Rousseau, deux producteurs de lait canadiens, ont expliqué leur organisation laitière.