
Après une forte hausse en 2007/2008, la marge brute de l’atelier bovin lait s’est dégradée régulièrement depuis près d’un an. Les résultats économiques des trimestres précédents étaient déjà en baisse. Mais, ils ne reflétaient pas encore l’ampleur de la crise. Pour les clôtures comptables du troisième trimestre, les chiffres sont éloquents : la marge brute diminue de 74 €/1000 litres en un an pour les ateliers spécialisés. Elle passe de 281 à 207 €/1000 litres. La baisse du prix du lait est le premier élément expliquant cette baisse. Il a diminué de 65 €/1000 litres pour s’établir à 296 €/1000 litres. Parallèlement, les prix des veaux de 8 jours et des vaches laitières de réforme sont très bas. Ils n’apportent donc aucune compensation. Le résultat « élevage », calculé par les coûts de production, est même négatif.
La chute des prix s’accompagne de surcroît d’une baisse des volumes livrés. Il y a plus d’un an, le volume livré progressait de près de 12 % (soit 35 000 litres environ par exploitation à groupe constant). En 2009, le volume livré baisse de 5 à 6 %, tout en restant encore supérieur à celui de 2007. Le chiffre d’affaires global diminue donc par les prix, mais aussi par les volumes.
Un coût alimentaire encore élevé
Face à la dégradation du chiffre d’affaires, la maîtrise des charges reste plus que jamais d’actualité, notamment au niveau du coût alimentaire. Sur ce plan, aucune compensation n’est observée en 2009 pour l’instant. Au niveau des vaches laitières, le coût alimentaire est même supérieur à celui de l’exercice précédent : 86 €/1000 litres (au lieu de 83 € et de 68 €/1000 litres pour les deux exercices précédents). C’est la conséquence d’une campagne fourragère moins favorable et d’un prix des protéines encore élevé, notamment au niveau du soja. L’on ressent aussi l’impact de la campagne précédente, avec des possibilités de production plus élevées entraînant une consommation accrue de concentrés.
Le retour à une conduite plus économe semble parfois compliqué. Pourtant, les écarts sont importants : de 30 à 40 €/1000 litres entre les extrêmes. Or, ce critère est l’un des piliers du résultat d’une exploitation laitière. En général, les exploitations laitières affichant un bon coût alimentaire obtiennent un meilleur revenu. Travailler sur ce poste est donc payant, sans forcément remettre en cause l’ensemble du système. Tous les types de conduite sont concernés.
Des revenus au point bas
La baisse des marges de l’atelier bovin s’accompagne d’une forte dégradation de la marge brute des céréales de près de 500 €/ha sur 17 ha en moyenne. La chute du prix de blé à la récolte 2009 tire le résultat des cultures dans le rouge. La marge brute globale de l’exploitation s’écroule. Ceci, dans un contexte de hausse des charges de structure : niveau d’investissement très élevé en mécanisation, bâtiment, équipement ; hausse des charges sociales tirées par le revenu des années précédentes.
Ainsi, pour les clôtures du troisième trimestre, le revenu se détériore : 8 830 €/UTHF et 45 €/1000 litres. L’échantillon n’est pas encore complet, mais la tendance est tracée. La situation financière se dégrade. Le taux d’endettement moyen progresse de 4 %. Il retrouve son niveau de 2007 à 51 %. La crise impacte la trésorerie nette globale qui passe en dessous du niveau de 2007.
Derrière les moyennes, les écarts sont importants, avec près de 21 % de résultats négatifs et 38 % à moins de 5 000 €/UTHF.
La production laitière n’a jamais traversé une telle crise. Les résultats économiques de fin d’année 2009 et de début 2010 seront aussi très dégradés.
La sortie de crise passe forcément par un retour à des prix rémunérateurs. La production ne semble pas armée pour affronter de telles variations, dont les effets sont déjà dévastateurs dans le secteur hors-sol. Le retour à plus de régulation semble indispensable pour éviter une restructuration forcée dans les campagnes. Les réponses aux problèmes actuels doivent permettre d’éviter qu’une seconde vague ne vienne déstabiliser la filière laitière dans quelques années…
Georges Douguet
CER FRANCE Côtes d’Armor