
Il n'y a pas que la course à l'agrandissement qui compte." Cédric Étienne en est persuadé, il existe des façons autres de tirer son épingle du jeu. C'est en se tournant vers le veau Bretanin, la pression foncière de son secteur de Dol-de-Bretagne ne lui permettant pas d'agrandir, qu'il a pour sa part trouvé sa voie. Initialement, en 2006, l'atelier comptait 32 places, de quoi valoriser 110 000 L de lait. Bientôt, il en comptera 55-60, grâce à la révision du cahier des charges de l'Association et à un passage au Dal. "Mon exploitation n'aurait pas pu se développer comme cela si je n'avais pas fait le choix du Bretanin", considère l'éleveur. Il estime en effet que sa production lui a permis de dégager, avec un investissement de départ modéré, 18 à 20 000 euros d'EBE / an à elle seule. "Sans compter l'optimisation de l'outil laitier avec la dilution des charges de structure."
Un bâtiment spécifique
Les veaux Bretanin sont élevés dans un bâtiment qui jouxte la salle de traite et qui leur est dédié. Y maintenir un état sanitaire irréprochable est primordial : les veaux élevés proviennent tous de l'extérieur. De races pures ou croisés, ils sont livrés à trois semaines par trois négociants agréés par l'association Bovin qualité Bretagne. "Les veaux de races pures, Charolais ou encore mieux Limousins, ont ma préférence, indique l'éleveur. Ils atteignent un meilleur classement pour une consommation réduite." Son objectif est d'atteindre un poids de 120 kg (le cahier de charge impose 80 à 170 kg, avec carcasse classée 1 ou 2) à 15,5 semaines avec 1100 kg de lait. Un objectif qu'il atteignait jusqu'à présent avec le seau, et qu'il espère continuer d'atteindre avec le Dal. Pour les veaux qui ne s'y habituent pas, une case a néanmoins été gardée pour alimenter au seau. Durant leurs 15 semaines de présence sur l'exploitation, les veaux reçoivent 40 kg de complémentaire (poudre protéinée) en plus du lait entier qui constitue leur alimentation et fait leur spécificité.
De la surveillance
Leur première semaine de présence sur l'exploitation représente une phase critique. Aidé par son père, Cédric Étienne reconnaît qu'il faut être présent à deux, cette première semaine, pour bien surveiller. "Ensuite, les 2ème et 3ème semaines, nous passons 1 heure matin et soir. Enfin, pendant le reste de la croissance, il s'agit surtout de surveillance, même s'il ne faut jamais oublier qu'il s'agit d'un atelier à part entière", indique l'éleveur, qui ajuste en permanence sa façon de faire pour améliorer ses résultats. "Nous ne sommes pas en intégration : si un veau meurt après avoir été nourri pendant 10 semaines, c'est une perte sèche. Il faut obligatoirement être performant." Lorsqu'un veau part à l'abattoir, il a en revanche l'assurance d'être payé au prix fixé d'avance, puisque tous les veaux mis en place sont déjà vendus, et qu'une grille de prix existe au sein de l'association.
Prix revu chaque trimestre
Cette dernière est élaborée en concertation entre les différents collèges de la structure, à savoir les éleveurs, abatteurs et bouchers. Elle est revue chaque trimestre, en tenant compte de l'évolution des différentes charges. "C'est sécurisant car nous savons que nous ne pouvons pas vendre en dessous de notre coût de production, commente Cédric Étienne. Et le système est transparent." Un système qui peut visiblement encore accueillir des candidats (lire ci-contre).
Anne-Laure Lussou
L'association : développement possible
"Nous commercialisons environ 150 veaux/semaine, chiffre le directeur de l'Association Bovin Qualité Bretagne, qui vient de fêter ses 20 ans. Nous pouvons envisager de produire jusque 180 veaux/semaine dans un premier pallier, puis 200 dans un second pallier. Pour chacun de ces palliers, il nous faut stabiliser la qualité (des veaux de 3 semaines, des veaux gras) ainsi que les prix." 90 producteurs, répartis sur les quatre départements bretons et les départements 44, 49 et 53, font actuellement partie de l'Association. À noter que les petits veaux proviennent d'ailleurs que la Bretagne. Les points de vente, enfin, se répartissent en Bretagne et Pays-de-la-Loire, et quelques nouveaux points ont récemment fait leur apparition au-delà.
Légende : Le bâtiment des veaux bretanins jouxte la stabulation laitière. Il a coûté 25 000 euros dont 9000 euros d'aides du conseil général et 6000 du conseil régional au titre de la diversification.