
Une reconversion comme chasseur de taupes. Il fallait y penser! Yves Dupond, ancien responsable commercial dans une entreprise agroalimentaire bretonne, en sourit encore. "Licencié à 50 ans, j'avais peu de chances de retrouver un emploi avec une fonction d'encadrement. J'ai passé des heures sur internet pour trouver le Graal". Le site de "Taup Green", sur la protection des gazons, retient son attention. "Un peu par hasard. J'ai appelé le créateur du réseau qui m'a donné rendez-vous à Paris". Le contact est bon; l'interlocuteur convaincant. "Je ne connaissais rien à la lutte contre les taupes. J'ai passé trois jours avec lui sur le terrain". Puis quelques mois à faire des tests de piégeage avant de créer son entreprise en septembre dernier, avec un impératif préalable : se faire connaître. "J'ai proposé mes services à tous les paysagistes du Morbihan, j'ai contacté les châteaux, les collectivités et surtout les mairies. Elles ont pris mes coordonnées pour étoffer leur registre au service des particuliers". L'équivalent d'un plein temps, avant même de poser le premier piège en tant que professionnel. Les retours sont nombreux ; l'activité est lancée. Les taupes n'ont qu'à bien se terrer!
Pas de chimie
Appelez le. Il vous en coûtera 150 euros. Le déminage n'est pas gratuit mais attention, le travail est garanti. Il faut compter deux déplacements pour une intervention. Le piégeage, tout d'abord. "Il faut repérer les galeries principales dans lesquelles les taupes passent tous les jours, aux mêmes heures". Et y placer les pièges, sans laisser d'odeurs. Ne cherchez pas l'astuce. Le taupier a ses petits secrets. Relever les pièges constitue la seconde étape. L'occasion pour le client de voir l'efficacité du travail. "Et s'il en reste, je reviens également". Quand le chantier est conséquent, terrains de foot, pelouses d'entreprises ou de châteaux, le professionnel travaille par contrat. Toujours avec ses pièges mécaniques. "La chimie ne tue pas que les taupes". Des pièges conçus par André Le Nôtre, jardinier de Louis XIV, pour les besoins de Versailles et qui assure, au chasseur, le label "Taup Green".
Bernard Laurent
Photo : Yves Dupond, ancien cadre commercial, entame une nouvelle carrière
Non, la taupe n’est pas hémophile
Contrairement à une idée reçue, la taupe n'est pas hémophile. Les rosiers, verre ou fil barbelés sont inefficaces. La taupe n’hiberne pas et un jeune de 12 heures la tue. C’est pourquoi elle fait des provisions, elle coupe les mandibules de forage des vers de terre afin de les empêcher de s’enfuir, et les entrepose dans une galerie à proximité de son nid. Elle vit 4 à 6 ans, la mort est souvent due à la perte de ses dents usées par le sable abrasif du sol. La forme élargie de ses membres antérieurs lui permet de creuser jusqu’à 20 mètres de galeries par jour. La terre évacuée forme alors les taupinières (monticule de terre). La taupe sait aussi nager et peut rester plusieurs minutes sous l’eau. Ses poumons sont deux fois supérieurs à n’importe quel autre mammifère. En effet, dans les galeries, comparables à des mines de charbon, le taux d’oxygène est de 10% en profondeur et de 21% en surface. Le nombre de taupes est en forte évolution depuis quelques années. Ce phénomène est en lien avec l’interdiction de certaines molécules chimiques utilisées en agriculture et en espaces verts.
OPINION
Michel Le Gouëff,
Responsable technique et commercial Farago Morbihan (CIP 56)
“Nos techniciens sont agréés pour la lutte chimique”
La lutte chimique ne pose pas de problèmes dans la mesure où nos techniciens sont agréés par la DRAAF pour intervenir sur le terrain après avoir suivi une formation. Des pastilles sont injectées dans les galeries. Au contact de l'humidité, elles libèrent un gaz (le phosphure d'hydrogène) qui se répand dans le sol. Cette méthode peut être complémentaire du piégeage. Le coût dépend du travail à effectuer. Nous établissons un devis avant toute intervention.