La première cotation de 2010 s’est soldée par un cours de 1,013 euro. Elle se situe dans la continuité d’une année 2009 délicate, avec un prix de base moyen annuel au MPB de 1,146 euro. Un repli de 9,3 % par rapport à 2008 et donc un cours en-dessous des prévisions les plus pessimistes.
Les éleveurs avaient évidemment espéré de meilleurs prix, surtout après deux années 2007 et 2008 particulièrement difficiles. La première avec des cours bas (moyenne cadran 2007 : 1,123 euro), la seconde meilleure au niveau du prix (moyenne cadran 2008 : 1,277), mais avec une flambée du prix des matières premières et la crise financière mondiale à l’automne qui a largement perturbé le commerce, notamment à l’exportation. Ainsi explique le MPB dans sa note (bilan annuel 2009) alors que la baisse des exportations européennes correspondra à la baisse de production, elle n’a pas permis de dynamiser le prix. La note dénonce par ailleurs l’attitude de la commission européenne qui a régulièrement fait la sourde oreille aux sollicitations d’aides à l’exportation pour atténuer la distorsion euro/dollar.
Le leadership allemand
De fait, si l’année 2009 ne peut être considérée comme catastrophique au regard de l’équilibre, prix de vente /coût de production, il est évident que les pertes enregistrées sur les deux années précédentes n’ont pu être compensées.
Plus grave sans doute, ce sentiment que la production bretonne et française pourrait perdre du terrain face à certains autres bassins concurrents européens. Alors que la production française est annoncée en légère baisse, l’Allemagne conforte sa position de leader européen au niveau de l’abattage. Le cheptel truie serait à la baisse (-2,6 %), par contre la part engraissement serait en forte hausse, dopée par des importations de porcelets issus du Danemark dont la production se restructure. Elle abat aussi plus de porcs hollandais. Profitant également de sa position centrale au sein de l’Union européenne et de ses avantages concurrentiels au niveau main-d’œuvre.
Rapport de force déséquilibré
Sur la fixation du prix, même si l’outil marché continue de jouer pleinement son rôle de confrontation de l’offre et de la demande, il est toujours difficile d’établir un véritable rapport de force entre le secteur de la production et de l’abattage. Rarement les vendeurs n’ont été en position de faire plier les acheteurs qui de plus en plus imposent leur loi. Michel Bloc’h, le président de l’Union des groupements de producteurs plaide pour une meilleure représentativité de la production au cadran. Il voudrait passer de 65 000 à 80 000 porcs/semaine rapidement. Sur 2009, l’offre hebdomadaire est en repli de 4,3 %. C’est dire s’il faudra faire preuve de persuasion.
Quant à la tendance 2010, elle reste incertaine. Personne ne se hasarde à faire des pronostics. Tout dépendra de l’évolution de la consommation, de la reprise économique mondiale, des parités monétaires, des opportunités à l’exportation, de l’attitude de la commission européenne … Autant d’éléments sur lesquels les éleveurs, ni même les acteurs économiques locaux n’ont pas réellement d’influence.
Pierre Dénès