
Comme il fallait s’y attendre, la réunion d’information des producteurs de lait adhérents de la coopérative Eolys s’est déroulée dans une ambiance tendue lundi 21 décembre à Saint-Brieuc, alors que n’était pas encore connue l’annonce d’Entremont. Une réunion suivie par près de 700 producteurs représentant 550 exploitations.
Difficile en effet pour les responsables de la coopérative de rassurer un auditoire qui doute et exprime beaucoup de rancœur. Quelques petites phrases véhémentes de la salle ont illustré la colère de certains producteurs. Mais ce qui est apparu le plus clairement, c’est l’inquiétude, car la majorité « silencieuse » voudrait une solution rapide avec des garanties pour l’avenir. Ce qui est loin d’être le cas pour le moment.
La participation divise
Le contexte du dossier Entremont Alliance est effectivement très compliqué et particulier. Unicopa (Eolys + CAM 56) représente certes plus de 2000 des 4700 producteurs d’Entremont Alliance sur l‘Ouest, mais ne dispose que 33,5 % du capital et pas de minorité de blocage. De fait, si les responsables ont leur mot à dire, la décision finale ne leur appartient pas.
Les cartes sont entre les mains de l’actionnaire principal, la CNP détenue en majorité par Albert Frère. C’est à lui et aux banquiers, qui devront éponger une partie de la dette, que reviennent le pouvoir de faire pencher le dossier dans un sens ou dans un autre. Cependant, la pression du politique et de la profession ne peut être négligée. Depuis plusieurs mois, le dossier est entre les mains du CIRI (Comité interministériel de restructuration industrielle) et le ministre de l’Agriculture le suit de près.
Vu du côté des producteurs*, l’un des nœuds du problème est la participation qui leur sera demandée. Le débat reste passionné et divise. Plusieurs voix se sont de nouveau élevées pour la dénoncer. Erwan Daniel, l’un des responsables de l’AEBEA, a rappelé “qu’il n’appartenait effectivement pas aux seuls producteurs d’Entremont de payer le rééquilibrage entre coopération et privé (projet Sodiaal)”. Mais il a aussi mis en garde sur la stratégie de Lactalis qui, “profitant de sa position dominante, pourrait à l’avenir faire payer l’addition aux producteurs, en s’affranchissant de l’interprofession”.
Au final, les producteurs auront-ils réellement le choix ? Théoriquement oui, dans la pratique c’est moins sûr. Car quel que soit le projet retenu (voir hors texte), la solution sera très certainement globale. Les producteurs seront mis devant le fait accompli des conditions du repreneur. Ils pourront toujours dire « non », mais après !..., dans un contexte où aucun industriel ne cherche réellement de lait supplémentaire, de nature à dégrader son mix produits, peu de portes risquent de s’ouvrir.
Pierre Dénès
* Au terme de la réunion d’Eolys, les participants étaient appelés à se prononcer au travers d’un questionnaire. Sur les 396 questionnaires exprimés, il en ressort d’abord une forte hostilité à un droit d’entrée, un rejet à 46 % du projet Sodiaal en l’état, accepté par seulement 4 %, et devrait être amélioré pour 50 %. Le projet Lactalis serait à exclure en l’état pour 15 %, retenu en l’état pour 22 %, à améliorer pour 63 %.
SODIAAL
Le projet du groupe coopératif, a été réajusté suite aux réticences émises par les responsables de l’AEBEA et par ceux d’Unicopa, confirmés lors des réunions de producteurs. L’adhésion au capital social est maintenue à hauteur de 1,7 euro /1000 litres. Par contre le ticket d’entrée de 3,8 euros /1000 litres qui était devenu dans un deuxième temps une participation à la restructuration industrielle serait lui aussi transformé en capital social. Il recueille encore des oppositions sur cette participation et sur le montage avec le groupe Albert Frère au capital. Mais c’est le seul projet qui a été retenu pour le moment par les actionnaires.
LACTALIS
Le projet du groupe privé dont on a appris depuis qu’il n’était pas retenu par les actionnaires, se concrétisait par une reprise totale de tous les actifs d’Entremont Alliance. L’offre comportait aussi la demande de pouvoir acquérir les parts (50 %) détenues par Sodiaal dans Nutribio et Beuralia, actuellement à parts égales entre Sodiaal et Entremont. Par contre, pas de droit d’entrée pour les producteurs chez Lactalis, mais un prix du lait « moyennisé » entre tous les producteurs et un contrat limité à 10 ans. Ce projet rencontrait une opposition marquée des salariés d’Entremont qui craignaient une forte restructuration industrielle et de nombreuses pertes d’emplois.