
Installé en 1987, avec son épouse, sur une exploitation d'une vingtaine d'hectares et 80 truies naisseur engraisseur, à La Poterie, près de Lamballe, Jacques Meslay a rapidement connu des difficultés financières. "Les résultats techniques moyens, des cours trop bas et les 40 000 euros de remboursement d'annuités d'emprunts nous ont mis dans le rouge". Le coût de production est trop élevé. En 1994, les créanciers commencent à mettre la pression et l'incitent à cesser l'activité. "Je constatais que tout le monde autour de moi, du transporteur d'aliment au technicien de groupement, gagnait correctement sa vie. Pour nous, c'était toujours la galère".
En avril 1995, les éleveurs décident de changer de cap. Une partie des porcelets est vendue. Les autres sont engraissés et commercialisés en direct, à 100 kilos. L'investissement dans un local et dans l'équipement d'une charcuterie s'élève à 30 000 euros. La banque finance l'opération, malgré les difficultés. La situation reste tendue.
Une rencontre décisive
"En 1999, nous avons contacté les animateurs de Solidarité Paysans de Bretagne. Ils nous ont permis de déculpabiliser et de prendre de la hauteur par rapport à notre situation financière". Les échanges débouchent sur la décision de s'orienter uniquement vers la vente directe à la ferme. Exit l'élevage des truies. 400 porcelets seront achetés à 25 kilos, engraissés et transformés sur place. "Dans ce nouveau système, notre capacité de remboursement d'emprunts était évaluée à 15 000 euros par an". En parallèle, un Règlement amiable judiciaire est demandé par les éleveurs et accepté par le Tribunal. Le résultat de la procédure, l'étalement des échéances sur une quinzaine d'années, permet de respecter la capacité de remboursement et d'apurer, progressivement, la dette. En 2003, le local de transformation est agrandi pour répondre à une demande croissante.
Aujourd'hui, les éleveurs se réjouissent de vivre correctement de leur travail, avec leurs trois enfants. "Nous retirons un revenu d'environ 30 000 euros à deux. Nous prenons quatre semaines de congés annuels et nous bénéficions d'une réelle qualité de vie". Un seul regret: ne pas avoir rencontré les bénévoles de Solidarité Paysans plus tôt. "Pour avoir un œil extérieur compréhensif, solidaire et sans jugement". Une rencontre qui a donné du souffle à l'entreprise.
Bernard Laurent
Photo : Isabelle et Jacques Meslay écoulent 8 à 10 porcs / semaine au sein de leur magasin. Ils livrent également l'association Les Voisins de Paniers avec leurs produits.
Entrer, dès les premières difficultés, dans une procédure collective
Les procédures, en agriculture, sont de trois ordres: les procédures administratives AFEA (Appui financier aux exploitations agricoles), les règlements amiables judiciaires (RAJ) et le redressement judiciaire. Contrairement aux deux autres, l'AFEA ne requiert pas l'intervention du Tribunal. Elle est gérée directement, à la demande de l'agriculteur, par un conciliateur. Le déclenchement de cette procédure, de plus en plus rapide, augure de sa réussite. Cette intervention, dès les premières difficultés, explique la baisse du nombre de règlements amiables judiciaires, demandés par les exploitants au Tribunal. Cette procédure, plus lourde que l'AFEA, permet d'obtenir les mêmes aides financières et des durées de remboursement des dettes plus longues. Elle est gérée par un conciliateur nommé par le tribunal. C'est une étape avant le redressement judiciaire qui, lui, est géré par un mandataire judiciaire. Celui-ci débouche sur un plan de redressement à long terme ou sur une liquidation.