
Ambiance tendue caractéristiques de ces périodes tourmentées, mardi soir à Ploërmel pour la journée départementale laitière de la FDSEA. La grève du lait et l'accord du 3 juin sont passés par là et le syndicat majoritaire doit réparer son capital sympathie, ébréché par ces épisodes. Des adhérents de l'Apli n'auront d'ailleurs pas manqué de se manifester tout au long de la soirée. Ouvrant le bal, Gilles Psalmon, directeur de la FNPL, est tout d'abord revenu longuement sur l'année laitière 2009.
L'objet de son propos était aussi, au passage, de rappeler les bénéfices de l'action de la FNPL en 2009, via l'obtention de mesures européennes telle la consolidation de l'intervention. "Près de 150 000 t de beurre et plus de 250 000 t de poudre ont pu être retirées du marché alors que respectivement 30 000 et 109 000 t auraient du l'être", a-t-il fait valoir. Puis est venu le délicat sujet de l'accord du 3 juin. "Même s'il est insatisfaisant, il a apporté une certaine visibilité, alors que tous les autres pays européens ont connu une descente aux enfers du prix du lait. Regardez l'Allemagne et ses 240 euros des 1000 litres en moyenne", a cité Gilles Psalmon. Avant de montrer, graphe à l'appui, que le prix du lait en France s'est toujours maintenu lorsqu'un accord a pu être trouvé. En revanche, en absence d'accord (octobre 2008 et avril 2009), une baisse s'en est suivie.
Maintien du collectif
Le véritable sujet de la soirée était ailleurs, à savoir quel sera le fonctionnement de la filière une fois que les quotas auront disparu. C'est Serge Le Doaré, éleveur en Finistère et administateur FNPL, qui s'est attelé à la présentation du projet de la FNPL. Ce dernier réaffirme, tout d'abord, l'importance de l'interprofession, qui doit avoir un "rôle renforcé dans l'éclairage des marchés (prix et volumes)". Le projet précise, ensuite, le rôle des Organisations de producteurs (OP). "Elles sont là pour négocier les contrats avec les transformateurs, pour éviter une confrontation directe", a expliqué Serge Le Doaré. On sait néanmoins, qu'au final, c'est l'éleveur et l'éleveur tout seul qui signera son contrat. Reste à déterminer quelle sera concrètement la marge de manœuvre qui reviendra à l'OP, et à l'éleveur. Quant au syndicat : "les OP doivent être encouragées et appuyées par le syndicalisme mais elles resteront ou seront (pour les nouvelles) indépendantes".
Contrats : du flou sur le prix
Troisième élément du projet de la FNPL : les contrats en eux-mêmes. "Ils doivent comporter prix, volume, délai de paiement, durée de vie, clauses de sortie… Une commission d'examen, avec des pouvoirs publics parties prenantes, est aussi à prévoir. Tout doit être examiné, a précisé l'administrateur. Ce que doit permettre le calendrier." Ce dernier prévoit la publication de la LMA et les propositions d'organisation en direction des producteurs individuels au 1er trimestre 2010, et la négociation des contrats fin 2010.
Mais c'est le sujet central de la fixation du prix du lait qui fait, évidemment, débat. Côté FNCL, on prône une approche différenciée volume / prix dans l'objectif de maîtriser, au mieux, la volatilité des marchés. À chaque laiterie son ratio entre volume A (produits les mieux valorisés) et volume B (produits commercialisés sur les marchés plus volatiles), qui entraîne la fixation du prix du lait à la production. Réaction d'un intéressé, dans la salle : "un double prix, on n'en veut pas ! Nous voulons un prix unique".
La Fnil n'a, pour sa part, rien à redire aux suggestions de la FNPL, mais critique, dans la proposition FNCL, un certain manque de souplesse. Autre divergence, par ailleurs, que révélera une question d'un éleveur sur la possibilité de contracter auprès de plusieurs entreprises à la fois. "Rien ne l'interdit", répondra Patrick Wecksten, tandis que se formait sur le visage de Dominique Chargé une moue bizarre. La contractualisation, c'est évident, n'est pas encore au point.
Anne-Laure Lussou
Photo : Gilles Psalmon, directeur FNPL, Serge Le Doaré, administrateur, Franck Guéhennec, président de la section lait FDSEA 56, Dominique Chargé, FNCL et Patrick Wecksten au titre de la Fnil lors de la journée départementale laitière.
Prix du lait en début 2010 : du mieux
Ce fut la bonne nouvelle de la soirée : début 2010, le prix du lait en France devrait connaître un mieux, surtout grâce à la moindre progression de l'offre au niveau mondial (Nouvelle Zélande), à quoi s'ajoute la reprise de la consommation en Chine. "Les négociations sont à faire en région", a prudemment avancé Gilles Psalmon. D'après les différentes formules aboutissant sur un prix, ce dernier pourrait néanmoins progresser de + 3,1 % à + 8,5 % par rapport à la moyenne 2009.