
Un Border Collie pour Noël ? C’est une très mauvaise idée. Aussi pitchoune soit-il quand il est chiot, le Border n’est pas un chien de salon. Sa place est dans le chenil : « sa maison », comme disent les éleveurs. Sa maison où il y passe tout le temps qu’il n’est pas accompagné par l’éleveur. Sinon, attention aux dérapages : le Border est un hyperactif. Livré à lui-même, pourquoi pas s’occuper à courir après les voitures, pour finir au-dessous…
Aujourd’hui, quelques dizaines d’éleveurs finistériens utilisent un chien au quotidien. S’il faut un peu de patience au dressage, le chien apporte ensuite ses services sans compter, pendant une dizaine d’années. L’investissement vaut donc doublement le coup : avec un « p » comme coup et un « t » comme coût. « Je conseille vivement de suivre une formation », dit Jean-Yves Le Guillou, président de l’association Border Collie du Finistère (ABC 29). « L’idéal est de former le chien quand il est âgé de 8 à 12 mois. Pour vraiment commencer à l’utiliser quand il a 1,5 à 2 ans ».
« Être un peu mordu »
Faut-il rappeler qu’un chien bien dressé réalise un travail considérable. « Facilité de travail ; confort ; indépendance ; sécurité », sont des arguments qui reviennent dans la bouche d’utilisateurs. Et de citer des situations courantes de recours au chien de troupeau : « Il assiste à la traite. Je n’ai plus besoin de sortir de la fosse pour ramener les vaches sur le quai » ; « J’ai un parcellaire morcelé. Pour autant, je déplace mon troupeau allaitant sans aide, sans ficelle y compris sur la route ». Bref, des situations qui font rêver tous ceux pour qui la manipulation des animaux est un sport jalonné d’embûches. « Je n’ai plus besoin d’attendre le week-end pour que mes enfants m’aident », dit un autre éleveur.
Reste qu’avant d’en arriver à ce stade d’efficacité, acquérir, dresser et utiliser un chien est avant tout un choix personnel. Si la patience manque, si la rigueur fait défaut, mieux vaut s’abstenir. Et comme le souligne un éleveur : « Il faut tout de même être un peu mordu ». Et les adeptes du Border n’en démordent pas : « Tous les éleveurs qui ont un chien de troupeau en rachètent un autre quand celui-ci vient à mourir ».
Didier Le Du
La petite bête domine la grosse bête
Jeudi 10 décembre, dans un champ de Lopérec, une dizaine d’éleveurs participent à une formation de perfectionnement axée sur la sécurité, organisée par la Chambre d’agriculture en partenariat avec la MSA. Comme acteur : des Border Collie. Comme figurantes pas toujours dociles : des broutardes Limousines au tempérament bien trempé. Comme chef d’orchestre : Thierry Le Morzadec, éleveur et formateur à l’Institut de l’élevage. En deux trois mouvements, les rebelles embarquent dans la bétaillère. Au 2e acte, elles passent dans un couloir de contention posé en plein milieu de la parcelle. Le tout sans sortir les mains des poches et sans piquer le moindre sprint.
Quelques astuces :
- Rubalises : préférer les rubalises (bandes pour travaux) aux ficelles blanches : plus larges, avec deux couleurs, elles sont plus visibles et moins dangereuses. «Le risque de doigts sectionnés est réel avec une ficelle. Dans la précipitation, on a tendance à enrouler la ficelle autour de la main. Quant à la rubalise, elle se rompt sous l’effort ». L’idéal est de les laisser au sol lors de l’approche des animaux et de la tendre une fois qu’ils sont derrière.
- Technique de l’escargot : un bovin a un sens naturel de la rotation qui s’accorde avec une ligne de fuite. Lui laisser croire qu’il y a une échappatoire évite les blocages et les retours en arrière.
- Bétaillère : la placer dans l’endroit de la parcelle où les animaux se rendent naturellement (haut de la parcelle), à 2-3 m de la haie ou du talus en utilisant des barrières (voir photo ). La solution consiste à guider les animaux dans l’entonnoir en faisant le tour du tracteur.
- Pont : à proscrire, sauf s’il y a des barrières latérales pleines. « L’animal qui met le pied de dessus a, compte tenu de sa vision, l’impression que l’espace vide dans les côtés est un trou de 15 m de profondeur. Pas étonnant qu’il refuse d’avancer ».
- Parc de contention mobile : préférer les barrières-ski nettement plus faciles à déplacer et qui épousent le groupe d’animaux sous leur propre poussée. Les parcs en plastique blanc ? « Très efficaces car l’animal n’a pas d’appui et ne se sent donc pas rassuré », argumente Thierry Le Morzadec. Si son faible poids est un argument en sa faveur, son prix reste un frein.