
La Lieue-de-Grève et la baie de Saint-Brieuc focalisent toutes les attentions. La profession veut initier deux démarches ambitieuses dans la prévention contre les algues vertes. Elles ont été présentées lors de la session jeudi 10 décembre à Plérin. Une présentation suivie d’un échange avec deux élus des territoires concernés, Loïc Cauret, maire de Lamballe et président du Pays de Saint-Brieuc, et Joël Le Jeune, président de Lannion Trégor Agglomération, et deux élus des collectivités territoriales Thierry Burlot, représentant du Conseil régional et Monique Le Clézio, vice-présidente du Conseil général.
Deux démarches sur ces deux bassins versants dont les objectifs sont sensiblement les mêmes, c’est-à-dire réduire les taux de nitrates dans les eaux et faire baisser les flux vers la mer. Ce qui implique des pratiques agricoles améliorées, voire des évolutions de systèmes. Mais aussi deux approches différentes pour tenir compte des spécificités des territoires. La Lieue-de-Grève, un petit bassin à dominante bovine (170 exploitations pour 15 000 ha) dont l’objectif est d’aller vers des systèmes plus herbagers. La baie de Saint-Brieuc (près de 2000 exploitations sur 65 000 ha) avec un équilibre entre les productions, bovines, porcines et avicoles, pour lequel il est envisagé un projet agro énergétique (voir PB du vendredi 11 décembre page 14).
Ne pas perdre du vue l’économie
Pour Loïc Cauret, la complexité du bassin versant de Saint-Brieuc fait aussi sa richesse. Il met en garde : « D’abord, il est dangereux de faire croire que tout a commencé en 2009, puisque nous agissons sur le BV du Haut Gouëssant avec des résultats probants depuis 1995 ». Il souligne d’ailleurs l’importance des accords qui sont toujours le fruit de compromis et jamais définitif. « Même si comme ce fût récemment le cas sur le BV du Gouëssant, ils sont acquis dans la douleur, ils demeurent le meilleur moyen de la concrétisation de la mobilisation des acteurs donnant à chacun son rôle qu’ils soient élus, pouvoirs publics, professionnels ou associations».
Il n’oublie pas l’importance de l’économie dans les démarches engagées pour les collectivités et les agriculteurs. « L’économie doit être une économie productive, et non une économie résidentielle ». Expliquant que le modèle unique n’existe pas et est par avance voué à l’échec. Par contre l’Etat ne peut se contenter de dicter des règles, il doit aussi apporter des moyens.
Joël Le Jeune, estime quant à lui qu’il est d’autant plus difficile de parler des algues vertes que la situation économique de l’agriculture est difficile. « Il faut avoir le souci de ne pas handicaper encore plus le monde agricole ». Mais le problème ne peut cependant être ignoré. Evoquant la spécificité de la Lieue de Grève, « le contexte particulier fait qu’il faudra aller plus loin pour avoir des résultats ». Il partage la démarche volontariste des professionnels, avec qui il dit travailler dans un excellent climat. Il évoque aussi le moindre poids de l’agriculture et de l’agroalimentaire dans l’économie locale. « Il faut pouvoir se faire comprendre ».
Pas de chef de file reconnu
De son côté, Thierry Burlot explique « la Bretagne est sans doute la région où les choses sont les mieux organisées et les plus partenariales ». Mais il regrette que la Région n’est pas la compétence de l’eau. « Le budget de l’eau est de seulement 20 millions d’euros sur un budget global de 1 milliard d’euros. Difficile dans ces conditions de peser ». Une compétence refusée à plusieurs reprises par l’Etat. De fait, il n’y a pas de chef de file reconnu. « Tout le monde fait de tout un peu : l’Etat, l’Europe, l’Agence de l’eau, la Région, les Conseils généraux, les différentes collectivités locales (communes, communautés de communes, syndicats d’eau)…. ». D’autant plus dommageable que le dossier est complexe, avec des spécificités et des inégalités liées à la pluviométrie, la structure des sols. « Ce qui rend d’autant plus difficile la mise en œuvre des programmes d’actions qui doivent évidemment tenir compte de ces spécificités ».
Le Conseil général adhère aussi à la démarche partenariale. « Les actions sur les bassins versants ont toujours été conduites dans ce sens », note Monique Le Clézio, pour qui il convient de ne pas opposer les systèmes. « Il faut que les solutions soient économiques et ne pas pousser les agriculteurs à aller vers des systèmes trop lourds ». Au final, de ce débat est sorti une sorte d’unanimité entre la profession et les élus sur la nécessité d’agir, mais en ne perdant pas de vue la dimension économique.
Pierre Dénès
Photo : La démarche environnementale sur les BV algues vertes présentés en détail aux élus
Quelques réactions
Philippe Prigent, élu du secteur de Lannion rappelle que « le projet qui a le plus de chance de réussir est celui de la profession ». Avec Jean-Jacques René, élu sur le BV de l’Ic, il défend « une démarche qui soit acceptée et acceptable, si on ne veut pas décourager ».
Thierry Thomas, représentant la Confédération Paysanne regrette que le volet de l’urgence n’ait pas été mis en avant. « Cela fait longtemps que la société attend des réponses. Le milieu agricole est le dos au mur. Il doit accepter que l’activité agricole ne soit pas la seule activité du territoire. Le temps qui passe exaspère un peu plus les autres secteurs (tourisme, pêche) ». Il considère en outre que « les propositions de la Chambre constituent une avancée mais pas de nature à faire disparaître les algues vertes ».
Yvon Orgebin, au nom des salariés (CFDT), souligne que « les pratiques agricoles ont évolué ». « Si on ne le reconnaît pas, cela conduit au découragement. Par contre il faut être intransigeant avec ceux qui ne respectent pas la réglementation ». Concluant « ce n’est pas en éliminant l’agriculture sur certains territoires que l’on résoudra le problème ».