
Face à la problématique des algues vertes, les agriculteurs prennent la parole ». Yves-Marie Beaudet, l’un quatre représentants de ce nouveau comité CAP Bretagne (Comité pour une Agriculture Positive) résume ainsi la démarche des organisations agricoles à l’initiative du comité (Chambre régionale, syndicats-FRSEA-Jeunes Agriculteurs, Union des groupements, Coop de France Ouest). Il explique que si les agriculteurs sont attachés à leur métier, ils le sont tout autant à la Bretagne avec ses deux facettes –terre et mer-. « Nous partageons l’émotion de la population face aux phénomène algues vertes. Il touche notre métier, le tourisme … ». De quoi selon lui « justifier la mobilisation de l’ensemble des acteurs du territoire pour endiguer le phénomène ».
Ni opposer, ni stigmatiser
Pas question cependant pour la profession agricole d’endosser seule la responsabilité. « Il y a nécessité d’une lutte collective, sans opposer, ni stigmatiser. Il n’est plus l’heure de chercher des coupables, mais il est temps de trouver des solutions efficaces et de conduire des actions ». Le message est clair et volontariste. L’objectif est à la fois de donner une image plus positive de l’agriculture, de mettre en évidence le travail accompli et les actions qui vont désormais être enclenchées. Un blog* a d’ailleurs été créé.
André Sergent, vice-président de la Chambre d’agriculture du Finistère, revient sur les causes du phénomène algues vertes. « Les causes sont complexes et multifactorielles ». Reconnaissant que « les nitrates sont - à priori - l’élément sur lequel on peut intervenir le plus rapidement. « Mais ce n’est pas le seul ». Il rappelle l’importance du phosphore dans les sédiments, qui trouvent plus leur origine dans les activités urbaines et industrielles.
L’expérimentation costarmoricaine
Danielle Even secrétaire général de la Chambre des Côtes d’Armor, a présenté le projet professionnel costarmoricain sur les deux bassins versants sensibles algues vertes : la Lieue-de-Grève et la baie de Saint-Brieuc. Deux démarches totalement différentes et qui prennent en compte les spécificités territoriales réfléchies et portées par les agriculteurs.
D’un côté une démarche plutôt herbagère sur la Lieue-de-Grève pour un territoire restreint avec seulement 170 exploitations, majoritairement laitières et bovines, et 12 000 ha. Le projet associe la vision scientifique pour la modélisation des évolutions sur une douzaine de ferme pilote et l’opérationnel avec le développement poussé de systèmes plus herbagers.
De l’autre, sur la baie de Saint-Brieuc, sur un territoire de 65 000 ha avec 1900 exploitations et multi productions (lait, bovins viande, porc, aviculture …), une démarche agro- énergétique. Il s’agit d’inciter les agriculteurs à la conversion de surfaces en cultures pérennes, dédiées soit à la production de fourrages de haute qualité, soit à la production de biomasse. Car, parallèlement, le projet vise à développer la méthanisation des effluents d’élevage pour mieux valoriser l’azote des cultures énergétiques, des déchets verts, voire des algues vertes.
De la transparence
La volonté de transparence est aussi mise en avant. Le projet costarmoricain voudrait initier un système déclaratif des entrées et sorties d’azote et de déjections.Et s’appuyer sur des contrôles de reliquats comparé à un réseau de fermes de référence sur le même territoire. Les élus s’appuient sur une démarche similaire conduite en Wallonie (Belgique).
Cette offensive des agriculteurs bretons sur l’environnement n’est cependant pas sans contrepartie. Les responsables l’ont rappelé : « il faut du temps, entre 5 et 10 ans pour ces deux actions expérimentales, des moyens, au minimum 60 millions d’euros, et un engagement des collectivités dans la gestion des effluents domestiques, -zéro rejet direct dans les cours d’eau- et de l’Etat sur la gestion curative (le ramassage en mer) ». Car il ne fait aucun doute qu’avec la meilleure volonté du monde, le phénomène algues vertes ne sera pas endigué, sans un engagement simultané sur les aspects préventifs et curatifs.
Pierre Dénès
Photo : Les quatre représentants du nouveau comité, de gauche à droite : André Sergent, Yves-Marie Beaudet, Didier Yon et Danielle Even.
*http://www.cap-bretagne.org