
En 10 ans, le paysage porcin européen a fortement évolué. La production espagnole a progressé de 28 millions de porcs à plus de 41 millions, malgré une légère baisse enregistrée en 2009. En Allemagne, la situation est encore différente. "Ce pays va abattre, cette année, 56 millions de porcs contre 39 millions en 1997, soit 17 millions de plus", précise Jean-Pierre Joly, du MPB. Certes, sa position géographique constitue une situation privilégiée pour approvisionner les pays de l'Est dont la production a beaucoup chuté. "L'Allemagne bénéficie aussi d'atouts au niveau du coût de la main d'œuvre et de l'organisation du travail, dans l'abattage. La filière française le perçoit comme une distorsion de concurrence".
L'Allemagne engraisse
En 2010, l'Allemagne abattra 60 millions de porcs. On assiste, en effet, à un phénomène nouveau. "Confrontés au manque de surface et aux difficultés de traitement du lisier, les éleveurs danois et hollandais ont restructuré leurs élevages en s'orientant vers le naissage et en délaissant l'engraissement". Les porcelets partent vers l'Allemagne. Ainsi, en 2008, les Pays-Bas ont exporté vers ce pays plus de 5,8 millions de porcelets (+ 20 %) et le Danemark, 7 millions de porcelets (+ 40 %). "Avec des capacités d'abattage qui tournent à plein, l'Allemagne compresse ses prix de revient d'abattage".
En France, en 10 ans, la production est restée stable, autour de 25 millions de porcs. En Bretagne, elle a progressé : 14 millions de charcutiers en 2008 contre 12 millions en 1997. Pourtant, sur la même période, le nombre de truies a baissé de 770 000 à 629 000. La progression du nombre de charcutiers s'explique par l'amélioration de la productivité : 28,1 porcs sevrés/truie en 2008 contre 23,8 en 1997.
Une baisse neutralisée par la crise
Sur les 9 premiers mois de 2009, le cheptel de truies est partout en baisse en Europe, sauf au Danemark et aux Pays-Bas, pour les raisons précitées. "Sur la même période, la baisse moyenne des cotations est comprise entre 5 et 10 % pour l'ensemble des bassins représentatifs de l'UE (-9,3 % au MPB)", souligne Jean-Pierre Joly. "Contrairement aux cycles précédents, la baisse de production ne s'accompagne pas d'une reprise des cotations. Elle a été neutralisée par une réduction de la demande, conséquence de la crise financière". Pour la première fois, en 10 ans, le commerce international de viande de porc va baisser de 10 %. Les exportations européennes vers les pays tiers ont chuté de 15 % en 2009.
Des inconnues
L'Europe est-elle compétitive ? "Son coût de production est supérieur de 35 % à celui du Brésil et des USA, surtout à cause de la parité euro/dollar". Pour 2010, tous les regards sont portés sur la reprise économique qui devrait stimuler la demande en viande de porc. "Echaudé par le déroulement de l'année 2009 où l'on espérait une hausse des cotations, aucun expert ne s'aventure aujourd'hui à échafauder des hypothèses de prix pour l'an prochain", confie J.P. Joly. L'Allemagne est devenu l'acteur incontournable qui influencera le prix du porc. Deux autres inconnues se profilent à l'horizon : la protection aux frontières avec le devenir des droits de douanes et la mise aux normes 2013 dont le coût pénalisera encore davantage la compétitivité européenne.
Patrick Bégos
Photo : Pour Jean-Pierre Joly, directeur du Marché du Porc Breton, l’Allemagne est devenue l’acteur incontournable de la formation du prix du porc.
Stabilisation des volumes et des cours
Le point bas des cours a été atteint fin octobre dans tous les pays de l'UE. Depuis, en novembre, sans qu'il y ait de véritable reprise, les positions se sont raffermies, sur toutes les places, de l'ordre de 4 % entre la première et la dernière semaine de novembre, à l'exception de l'Allemagne dont le cours est resté stable. La demande reprend un peu, la légère baisse des prix au détail a relancé la consommation, l'export profite de la demande de l'hiver et de Noël dans la plupart des pays de l'Est, déficitaires en production.