
Parti travailler à l'extérieur, c'est lors du départ en retraite de son père, en 96, que Noël Duault s'est posé la question de revenir sur l'exploitation familiale, avec des bovins viande. Quant au choix de produire bio, qu'il a effectué d'emblée, il a découlé de ses rencontres, et de ses convictions : "j'ai visité plusieurs élevages et… j'ai constaté que j'avais un meilleur moral quand je revenais des exploitations bio, les éleveurs rencontrés étant plus optimistes que les conventionnels sur l’avenir de leur métier. Par ailleurs, Bretagne viande bio (BVB) existait déjà, ce qui était rassurant pour l'écoulement de ma production", explique-t-il. Souhaitant créer son propre réseau, l'éleveur a aussi fait le choix de vendre une partie de sa production en direct, en investissant pour ce faire, en 2001 et dans le cadre d'un CTE, dans un laboratoire. Aujourd'hui, Noël Duault écoule un animal toutes les 2 à 3 semaines en vente directe.
1,9 UGB / ha de SFP
Son troupeau compte désormais 60 mères, Charolaises, sur une superficie de 55 ha, le chargement atteignant 1,9 UGB / ha SFP (chargement limite en bio : 2 UGB). Un niveau élevé qui passe par une bonne gestion des surfaces et des stocks importants pour passer l'hiver (un peu plus de 200 t de MS/an). Les vêlages se déroulent à l'automne à 60 %, en hiver à 20 % et au printemps à 20 %. "Mon objectif est de les grouper davantage, environ à 80 % à l'automne, en vendant tous les produits, mâles et femelles, des vêlages décalés", poursuit-il. Aucun créneau n'existant encore en Bretagne pour les JB bio, ses mâles sont commercialisés soit en broutards conventionnels à la Coopelbovi, soit en veaux sous la mère (à 4 mois) ou bœufs (500 kg à 3 ans) en vente directe. Côté femelles, il privilégie des ventes en jeunes vaches, en moyenne à 4 ans et 400 kg.
Finition primordiale
L'assolement fait la part belle à l'herbe, avec 45 ha dont 35 de pâture (implantées pour 7 ans, fertilisées au fumier composté) sur les 55 de SAU. Les prairies sont semées en mélange complexe, ce qui permet une pousse étalée sur l'année et une sécurité de rendement en fonction des années. Pour contrer les rumex, Noël Duault les anticipe au maximum, en faisant beaucoup de foin, en implantant du dactyle… Il faut néanmoins accepter, en bio, d'avoir un salissement supérieur dans certaines parcelles.
Outre l'herbe, l'exploitant cultive 5 ha en maïs (après prairie) et 5 ha en mélange céréalier, servi aux vaches après avoir été aplati. Il y a en fait deux mélanges : le premier se compose de blé – avoine – pois, et le second d'épeautre – avoine blanche – féverole pour les protéines. "Je l'ai commencé cette année et il y a toutes les chances pour que je continue ainsi", indique l'éleveur, qui attache une importance primordiale au fait de réaliser une bonne finition quelle que soit la période de l'année.
Économiquement performant
Le caractère rustique de la Charolaise est utilisé à plein, avec la maximisation des fourrages grossiers. La ration hivernale se compose de foin à volonté, de 5 kg de maïs ensilage et de 2 kg de mélange céréalier pour les vaches avec un veau, et uniquement de foin à volonté pour les vaches sans veau. En finition, les vaches destinées à BVB reçoivent du foin à volonté, 5 kg de maïs ensilage et de 4 kg de mélange céréalier. Les vaches destinées à la vente directe, elles, n'ont pas de maïs en finition, afin d'avoir une même qualité de viande (notamment la couleur) toute l'année. Enfin, les vaches finies en fin d'été le sont uniquement à l'herbe. Cela ne les empêche pas, grâce à une herbe de qualité, d'atteindre le même poids que les autres : environ 450 kg de carcasse. Un poids obtenu aussi grâce à la génétique, que l'éleveur travaille en faisant inséminer une cinquantaine de vaches sur les 60. Au final, ce dernier obtient une marge brute par vache de 1 250 euros tous circuits de vente confondus, ce qui le place légèrement au-dessus du quart supérieur des naisseurs – engraisseurs bretons (1 170 euros, donnée CER 2007 - 2008).
Anne-Laure Lussou
Photo : Noël Duault a ouvert les portes de son élevage, jeudi 3 décembre, lors d'une journée de formation organisée par le Gab 22.
BVB : toujours des besoins
"BVB regroupe aujourd'hui 300 éleveurs (toutes productions) sur la Bretagne. Nous sommes toujours en recherche de bovins : les plus recherchés restent les génisses, de race allaitante, et de poids inférieur à ce qui se fait en règle générale car le budget des ménages diminue. On privilégie donc les carcasses de moins de 400 kg. À noter que, lorsqu'un éleveur s'engage auprès de BVB, sa production est sûre d'y être acceptée. À nous, ensuite, de trouver les débouchés qui conviennent en fonction des tailles et conformations d'animaux, ce que nous faisons en anticipant au maximum."