
Étonnante, cette reconversion de l'ancien Beatles Paul Mc Cartney en expert du climat. À quatre jours de l'ouverture du Sommet de Copenhague, ce dernier a effet lancé aux responsabilités politiques européens, à grands renforts de communication, l'idée d'instaurer une "journée sans viande" au plan mondial. Un cri du cœur qui interpelle "le secteur de l'élevage d'animaux, l'une des sources les plus importantes de gaz à effet de serre, ainsi que l'un des facteurs responsables de la dégradation de la biodiversité". En cause dans cette affaire, le fameux méthane, gaz naturel que les animaux ont le tort d'émettre lorsqu'ils digèrent des fourrages.
Bilan partiel
Habituée depuis quelques temps aux attaques de cet ordre, la filière a réagi illico. "Appeler à une journée sans viande, c'est laisser penser que les Français consomment tous les jours des viandes de boucherie, voire de la viande rouge. Or, 3 jours par semaine, ils ne consomment pas de viande de boucherie, et leur consommation ne dépasse pas 2 steaks de viande de boeuf par semaine", a d'emblée rappelé Interbev dans un communiqué. La donne n'est, en revanche, pas si vraie aux USA (35 kg de consommation de bœuf par an) ou en Argentine (70 kg - à comparer aux 20 kg des Français). En France, crise économique aidant, les consommateurs ont par ailleurs tendance à se détourner de la viande bovine, ces derniers temps, pour préférer les viandes de porc ou de volaille réputées moins chères.
Autre argument avancé par la filière : le fait que l'alimentation des bovins repose majoritairement sur l'herbe, d'où la contribution au maintien de 11 millions d'ha de prairies permanentes en France. "Ces prairies, puits de carbone et sources de biodiversité jouent un rôle fondamental dans la lutte contre les gaz à effet de serre, poursuit Interbev. Ce stockage de carbone compense d'ailleurs au moins 75 % du méthane émis par les bovins." Accuser les bovins d'émettre du méthane sans prendre en compte ce que les prairies absorbent revient à donc à ne regarder la question des gaz à effet de serre (GES) que par un seul bout de la lorgnette.
CH4 : durée de vie moindre
Élément complémentaire : les durées de vie des GES diffèrent énormément. Et à ce quizz-là, le méthane est loin d'être gagnant. Il faut en effet attendre de l'ordre du siècle avant que le CO2 ne commence à être évacué de l'atmosphère, et de l'ordre de 10 ans pour le méthane. Sir Mc Cartney a peut-être raison d'alerter sur certains modes de production irrespectueux de l'environnement à travers le monde. En revanche, en France, lui et ses amis risquent de fragiliser encore davantage une filière qui n'en n'a aucunement besoin.
Anne-Laure Lussou
Photo : En agriculture, l'élevage des ruminants serait responsable de 60 % des émissions de GES, principalement à cause du méthane.