
L’effondrement du revenu agricole est net, catastrophique, en 2009 : -34 % en termes réels en moyenne. Globalement, la valeur de la production s’est réduite de 8,5 % par rapport à 2008 ce qui est excessivement rare. C’est ce que viennent d’indiquer l’Insee et le service statistique du ministère de l’agriculture à l’occasion de la réunion de la Commission des comptes de l’agriculture le 14 décembre. Conséquence : la recette des agriculteurs descend en dessous des niveaux constatés à la fin du siècle dernier : « Le revenu moyen des agriculteurs, en termes réels, est ramené au-dessous de son niveau du début des années quatre-vingt-dix » expliquent les statisticiens du ministère de l’Agriculture.
Baisse de 54 % pour le revenu laitier
La flambée des cours de 2007 est bel et bien oubliée. Le secteur le plus touché : les producteurs de lait dont le revenu baisse de 54 %. Ils ont produit moins de lait et le prix de chaque litre a baissé (-16 % sur l’année en moyenne). Les événements qui ont marqué 2009 ont montré à quel point le malaise du secteur est grand. Le coût des aliments du bétail s’est bien réduit mais pas au point de compenser la réduction de recette. Les producteurs de fruits n’ont pas été à la fête non plus. Pour eux, la production a bien augmenté mais les prix se sont effondrés, d’autant que l’été maussade n’a pas incité à la consommation. La « production s’est donc écoulée à bas prix » selon le ministère de l’Agriculture. Même chose pour les maraîchers et horticulteurs (-34 %) qui sont, en plus, souvent concurrencés par les importations espagnoles.
Grandes cultures : prix bas et charges toujours élevées
Les producteurs de céréales (-51 %) et d’autres grandes cultures (-41 %) ne s’en sortent pas mieux. Ils sont touchés par une baisse des prix de marché (-24 % sur l’année pour les céréales) assez soudaine et forte, de même que par des prix d’achat, comme pour les engrais qui restent élevés, en raison des coûts pétroliers. Pourtant, ces indicateurs enregistrent quelques hausses de rendements, notamment pour les betteraviers. Pour les grandes cultures en général, la « flambée des prix» de 2007-2008 est effacée. « Pour l’ensemble des grandes cultures, indiquent les statisticiens, après le pic inégalé de 2007, le revenu redescend en deçà du niveau historiquement bas de 2005. »
Un léger rattrapage pour les bovins à viande
Pour les éleveurs spécialisés en viande, la baisse des cours des grandes cultures permet un certain rattrapage des revenus. Elle rend possible une réduction de la facture d’aliments du bétail, dont le volume utilisé est aussi en baisse. Du coup, pour les éleveurs de bovins à viande, le revenu s’affiche en hausse de 17 % en 2009. Mais cette amélioration fait suite à plusieurs années difficiles. Sur les trois années 2007 à 2009 par rapport aux trois années 2004 à 2006, le revenu des producteurs de viande bovine est en chute de 15 %. Les éleveurs hors-sol de porcs et volailles ont eux aussi connu, apparemment, une légère amélioration (+10%). Mais les années récentes n’avaient pas été bonnes.
Plus de production mais moins de valeur
Pour l’ensemble des agriculteurs, les chiffres montrent que leurs revenus reviennent aux niveaux constatés début 1990. Ce sont vingt années quasi-perdues, avec le sentiment, cette année, de produire plus de produits (0,7 %) dont la valeur s’effrite (-8,5 %). Cependant quelques exceptions : pour les éleveurs d’ovins, le revenu progresserait de 22 % malgré une production en baisse et grâce à des prix fermes. Mais ils bénéficient surtout, indique le ministère de l’Agriculture, de coûts de production en baisse et de subventions en hausse. Les producteurs de vins courants eux aussi émergent d’années difficiles, notamment grâce à la réduction des stocks que permettent des récoltes assez réduites. Leur revenu est indiqué en hausse de 39 %. Au contraire, les producteurs de vins d’appellation voient leur revenu se réduire de 4 %. Ils connaissent encore des difficultés de commercialisation.