
La mission interministérielle sur les algues vertes devait faire ses propositions mardi 8 décembre, elle ne les fera en fait que mardi 15 décembre. Dans le cadre des multiples consultations des organisations professionnelles et des diverses associations, la Chambre d’agriculture a effectué des propositions, issues des réflexions d’un groupe de travail. Ses propositions, elle vient de les présenter sur le terrain lors de 6 réunions sur le bassin versant de Saint-Brieuc. Un peu plus de 300 agriculteurs sur les 1900 exploitations (65 000 ha) que compte le bassin versant ont participé à ces réunions.
Les élus s‘engagent
Partant du principe que ne rien faire serait suicidaire, les élus professionnels se fixent des objectifs qu’ils considèrent comme réalistes, à la hauteur des enjeux. Ils s’inscrivent dans le cadre d’un droit à l’expérimentation sur la durée, avec obligatoirement un financement assuré à la clé. Et surtout pas plus de réglementaire. « Pas question d’aller dans une démarche du type des BV contentieux », note Jean-Paul Hamon, responsable du service environnement. En rappelant dans les préalables, que les actions ne permettront pas d’enrayer le phénomène à court terme. “Il faut donc mettre en place une nouvelle approche du ramassage des algues en mer”.
Concrètement, les agriculteurs sur le BV de Saint-Brieuc sont invités à aller vers plus d’agronomie, ainsi qu’une meilleure gestion et valorisation de tous les éléments (fourrages, déjections). Trois principes sont affichés, une logique de territoire avec l’adhésion du plus grand nombre, une logique de transparence « faire ce que l’on dit et dire ce que l’on fait », une logique de résultats avec un affichage sans a priori sur les systèmes et des évaluations annuelles.
Logique de résultats et transparence
Les objectifs sont également clairs. « Il faut préserver l’agriculture, mais évoluer tout en restant compétitif », explique Olivier Allain, le président de la Chambre. L’évolution est inéluctable, pour contribuer à réduire la réduction des fuites de nitrates, élément favorisant du développement des algues vertes, mais aussi pour répondre à d’autres exigences comme l’équilibre de fertilisation en phosphore (exigence du schéma de gestion de l’eau) … « Elle doit par ailleurs faire adhérer l’agriculture aux enjeux du futur sur l’énergie verte et la réduction des gaz à effet de serre, la diminution de la pression phytosanitaire, ou encore la production locale de protéines ».
Le panel des propositions est large (voir ci-dessous). Certaines paraissent comme pouvant être mises en œuvre rapidement et directement par les agriculteurs, d’autres nécessiteront inévitablement des démarches collectives, du financement, et une concertation locale plus poussée.
Mais le projet présenté paraît d’autant plus séduisant qu’il ne se limite pas aux intentions. Il se donne aussi les moyens de contrôler, pour ce que les élus appellent la logique de résultats et de transparence. Ils s’appuient sur un dispositif basé sur les reliquats d’azote dans le sol appliqué en Wallonie (Belgique).
Le principe wallon est la comparaison du niveau des reliquats d’azote dans le sol, post-absorption, à des résultats obtenus sur des fermes et des parcelles de référence sur le même secteur. S’applique en outre une logique de progrès qui permet à l’agriculteur qui est au-dessus des seuils d’avoir deux années sans risque de sanctions pour se corriger.
Il reste désormais à faire adopter le projet et à en assurer le financement au travers de MAE, d’aides à l’investissement, de mise en place de dispositifs d’accompagnement technique, d’adaptations réglementaires. Les élus, porteur de ce projet attendent des réponses. « Nous sommes dans une démarche de territoire qui s’inscrit bien dans les préoccupations d’agriculture durable, d’énergies vertes. Des nouveaux défis pour les agriculteurs », positive Olivier Allain.
Pierre Dénès
Photo : Une quarantaine d’agriculteurs lors de la réunion de présentation du projet à Quintin
Des actions proposées
Limiter les fuites de nitrates
Les causes de fuites de nitrates sont identifiées et les leviers d’action aussi au travers de 4 exemples :
- Les céréales d’hiver représentent 35 % du BV et conduisent à des pertes de 30 à 60 kg d’N par ha. La mise en place d’un couvert d’automne entre deux céréales à paille ou d’un couvert automne hiver entre une céréale et un maïs est de nature à piéger les nitrates.
- Les parcelles trop chargées en animaux peuvent libérer jusqu’à 50 kg d’N/ha. Deux solutions : augmenter les surfaces accessibles ou augmenter le temps en bâtiments.
- Le retournement de prairies entraîne un risque de perte de 100 à 200 kg d’N/ ha. Des pratiques culturales comme le semis de RGI sous maïs peuvent limiter les fuites.
- Les zones sensibles, inondables, drainées. Elles méritent d’être traitées spécifiquement et réservées à des prairies pâturées ou à des cultures pérennes de fauche.
Réduire les flux de Nitrates vers la mer
Les actions proposées visent à une meilleure efficacité agronomique de l’azote par la réduction du lessivage hivernal avec une meilleure utilisation des déjections et à une réduction des intrants sur le territoire, moins d’azote minéral et moins de concentrés.
Le projet professionnel veut ainsi développer une démarche territoriale agro énergétique.
- Favoriser la production de fourrages issus des cultures pérennes de fauche à haute valeur énergétique. Ce qui permettrait, pour les exploitations ayant des bovins, la production de fourrages de qualité distribués en vert, séchés, déshydratés ou ensilés. Et pour les exploitations sans bovins des cultures énergétiques ou de la luzerne pour séchage ou déshydratation.
Le projet va jusqu’à se fixer des objectifs de surface autour de 8 à 10 % de la SAU du bassin (5000 ha).
Une autre gestion des déjections
La résorption des excédents d’azote organique étant quasi finalisée, le projet veut initier une démarche très volontariste de développement de la méthanisation comme outil de gestion des éléments fertilisants.
- Objectif, créer sur le territoire plusieurs unités de méthanisation (entre 20 et 25) qui recevraient des fumiers de raclage, des lisiers, des résidus de cultures, des cultures pérennes (fauche de bandes enherbées) et pourquoi pas des algues vertes.
- Options envisagées autour de ces unités : une séparation de phase pour exporter le phosphore, la création de banque de digestat substituer aux engrais minéraux pour la fertilisation de céréales ou praires, la production de chaleur pour du séchage de foin ou de céréales et d’électricité …
Cette démarche s’inscrit plus dans le temps dans la mesure où elle est plus collective, nécessite des porteurs de projet et un financement adapté.