
Michel Bloc’h, président de l’Union des groupements ne cache pas son amertume et sa colère. « Les distorsions de concurrence sont le vice caché d’une politique bien vendue sans service après vente : plus blanc que blanc chez nous et le flou sur les produits importés ». Les distorsions de concurrences sont nombreuses, sur le plan environnemental, fiscal, au niveau des calendriers de mise aux normes bien-être, en pondeuses notamment, ou encore sur les conditions du transport…
L’Allemagne dans le collimateur
Mais ce qui est aujourd’hui le plus criant, ce sont les distorsions salariales. Dans le collimateur des responsables économiques bretons, l’Allemagne qui profite aujourd’hui largement de la situation. Dans la corbeille après la réunification et l’élargissement à l’Est, l’Allemagne a obtenu le droit d’employer de la main-d’œuvre roumaine, polonaise, ukrainienne aux conditions du pays d’origine. « La compétitivité des outils d’abattage et de transformation bretons, est de fait mise à mal ». Les industriels l’estiment aux environs de 5 euros du porc. « Pour un outil qui abat 20 000 porcs par semaine, cela correspond à un avantage concurrentiel de 5 millions d’euros par an ». Johann Schlederer, directeur de l’association autrichienne de producteurs de porcs, le confirme. Son pays subit le même sort.
Difficilement supportable pour la filière bretonne. Car, pendant que la France peine à maintenir sa production, l’Allemagne passe de 38 millions de porcs produits à 45 millions et ses abattages devraient atteindre 56 millions en 2009. Avec le sentiment que les pouvoirs publics français et les administrations font la sourde oreille. Michel Bloc’h menace : « Nous avons l’impression de rabâcher et de parler dans le vide. Il nous faudrait changer de braquet. C’est dans cet esprit que nous étudions les voies juridiques ». Fustigeant les ministres qui sont fiers de s’afficher en copain des Allemands « qui pourtant ne nous font pas de cadeau ».
Europe passoire
Plus de justice sociale pour évoluer avec les mêmes armes. Mais pas seulement, car l’Europe est aussi accusée de laisser faire les moins disant sur le plan sanitaire et environnemental. Ils prennent à témoin l’ancien ministre de l’Agriculture Michel Barnier et le président de la République. Le premier avait dénoncé cet état de fait lors de la dernière assemblée générale de Coop de France, le second s’interrogeait récemment à Poligny : « A quoi sert-il d’imposer aux éleveurs, à nos agriculteurs des normes, si l’Europe continue d’ouvrir ses frontières à des produits venant de pays qui n’imposent aucune norme ? ». Ce sont des actes qui sont aujourd’hui attendus, car depuis, Michel Barnier est devenu commissaire européen. Les acteurs économiques attendent une réponse politique de ceux qui trop souvent se cachent derrière Bruxelles pour fuir leurs responsabilités.
Pierre Dénès
Photo : Michel Bloc’h, président de l’Union des groupements de producteurs de viande de Bretagne.
L’environnement, l’interprofession, le cadran...
- Oui à la responsabilité environnementale. Le président de l’Union est clair : « Oui à l’environnement, oui aux sanctions individuelles pour ceux qui outrepassent les règles et travaillent en dépit du bon sens. Mais non à la sanction collective qui freines, bloque et interdit toute évolution chez les éleveurs majoritairement exemplaires ». C’est la ligne de conduite retenue pour les débats sur la réforme des ZES, la mise en œuvre de la directive nitrates, le dossier ICPE….
- Les minorités dans les interprofessions. Le conseil de l’UGPVB se dit favorable à une représentation, au sein des interprofessions, qui prenne en compte la représentativité syndicale officielle exprimée à l’occasion des élections des chambres consulaires. Considérant que « si des majorités doivent s’établir pour diriger les affaires, dans tout système démocratique, il est essentiel que les minorités puissent s’exprimer ».
- Les outils de première mise en marché. « Nous sommes attachés au principe de la massification et du regroupement de l’offre dans le cadre des organisations de producteurs ». L’objectif est la formation du juste prix. Le président se dit notamment déterminé à faire avancer le dossier du cadran porcin autour de 3 axes : des règles de fonctionnement adaptées à l’évolution du nombre d’acheteurs ; une meilleure représentativité par des apports plus importants -la première étape serait de passer de 65 000 actuellement à 80 000 rapidement- ; un cadre réglementaire permettant d’agir en association de producteurs sans transfert de propriété.