
Organe de prospective de la Confédération Paysanne, l'Arap (Association régionale pour l'agriculture paysanne) organisait, mardi 8 à Montauban-de-Bretagne, un colloque régional sur la qualité de l'eau. L'occasion de faire le point sur l'amoncellement de réglementations actuelles, mais aussi d'évoquer l'épineux sujet des Mesures agro environnementales (MAE). D'après une récente enquête de l'Arap (150 réponses), ces dernières demeurent, chez 37 % des sondés, méconnues. Un résultat en partie dû au manque de lisibilité du système, et à la surdose de démarches administratives et de contrôles qu'il impose. Par ailleurs, "37 % des non contractants n'ont pas signé estimant que l'engagement serait contraire à l'efficacité économique de leur exploitation", soulève Camille Roux, animateur de l'Arap.
Cible ratée ?
Pour Yoann Méry, chargée de faire connaître ses mesures auprès des agriculteurs des BV de l'Islet et Flora (22), le plus ennuyeux dans cette histoire est le fait que, comme trop souvent, les meilleurs élèves le restent tandis que les moins bons… le restent aussi. "Sur notre secteur, l'Islet est marqué par l'un des pires taux de nitrates des cours d'eau des Côtes d'Armor (75 mg). À ce jour, 75 MAE ont été contractées sur nos deux BV, mais ceux qui se sont engagés avaient déjà de bons résultats. Sur le secteur de l'Islet, aucune mesure fertilisation n'a été contractée. Les MAE n'auront pas d'effet sur le taux de nitrates des BV. Nous continuons de les promouvoir parce qu'elles sont le seul outil d'aide individuel."
Seuils pas adaptés
Même enthousiasme mitigé, pour Jean-Pierre Le Bihan, chargé de l'environnement à la Chambre régionale d'agriculture, face aux MAE. Mais pour ce dernier, c'est surtout du côté de l'inadaptation des seuils que le bât blesse. "La mesure de réduction des phyto est suivie. En revanche, en matière de fertilisation, une seule MAE est proposée, à 140 unités : si elle fonctionne bien ailleurs, elle est très pénalisante en Bretagne." D'où l'idée d'une expérimentation, au sein de la région, pour proposer quatre MAE supplémentaires, dont l'une serait susceptible d'être retenue (à 160 U + d'autres contraintes).
Un démarrage
Rajouter une ou plusieurs MAE au topo actuel, Jean-Paul Simier, du Conseil régional, ne le voit pas véritablement d'un bon œil, le système étant "déjà trop compliqué". Mais c'est surtout sur le bilan positif des mesures que ce dernier insiste : "1000 MAE systèmes et 734 MAE DCE ont été contractées en Bretagne, c'est déjà beaucoup, et bien mieux que chez nos voisins". S'il reconnaît le degré perfectible des mesures, Jean-Paul Simier les défend bec et ongles en tant que "signal fort envoyé à la société, car reflétant une image positive de l'agriculture bretonne. Grâce à la reconnaissance de biens nouveaux, elle entre enfin dans le second pilier." Reste à "transformer l'essai" après "avoir amorcé ce premier virage".
Anne-Laure Lussou
Photo : Jean-Pierre Le Bihan (Chambre régionale d'agriculture), Yoann Méry (Communauté de communes Côtes de Penthièvre), Jean-Paul Simier (Région) lors du débat de l'Arap sur les MAE.