
Betty et Mickaël Lefeuvre de Combourg (35)
“Précision et rigueur dans la conduite d'élevage”
Je voulais m'installer dans une production que je puisse conduire personnellement", explique Betty Lefeuvre. "Le lapin, ça m'intéressait". En 2005, elle quitte son métier et met en place un élevage neuf de 408 cages-mères, en complément des ateliers de veaux de boucherie et taurillons menés par Mickaël, son mari. "La taille d'élevage a été choisie pour laisser un peu de temps pour la famille". Pour limiter les coûts, ils ont choisi un bâtiment tunnel, conçu en 2 salles pouvant servir de maternité ou d'engraissement (concept Duo). Les mères mettent bas dans la salle 1 puis au sevrage (32 à 35 jours plus tard), elles sont transférées dans la salle 2, préalablement nettoyée, pour une nouvelle mise-bas. Les 3 500 lapereaux sont engraissés dans la salle 1.
La réflexion du projet a permis d'optimiser le logement des lapines, pour un coût raisonnable (440 euros/C.M., hors cheptel) tout en facilitant le travail. "La première année s'est bien passée, au niveau technique et financier", résume Betty. Puis, avec la baisse des cotations et surtout l'augmentation du coût alimentaire, l'étau s'est resserré en 2007 et 2008. "Sur ces 2 années, la marge a baissé de 12 000 euros/an par rapport à 2006, soit au total de 24 000 euros", poursuit Mickaël. "Techniquement, on se situe dans les 25 % meilleurs du groupement Syprolap". Au plus fort de la crise, l'impact de la hausse du coût alimentaire a représenté un surcoût de 22 000 euros/an. Les conséquences ont été atténuées par l'optimisation des performances et par des économies sur d'autres postes (frais de santé).
"J'utilise tous les outils pour améliorer les performances, en essayant d'être rigoureuse et précise", souligne Betty. Ainsi, le rationnement est automatisé avec possibilité de distribuer deux types d'aliments par salle. Le logiciel Eliot permet un bon suivi de la gestion technique. Enfin, la pesée des lapins, selon une grille, assure une maîtrise des croissances. Le prix d'équilibre (avec prélèvements privé) se situe autour de 1,75 euro/kg de lapin pour un prix de vente moyen de 1,57 euro en 2009. "Le lapin, on y croit. Le métier est passionnant. Mais il faut que la trésorerie se refasse au plus vite", confient les deux jeunes éleveurs. Betty et Mickaël espèrent que la remontée des cotations se concrétisera en 2010.
Sébastien Jouan à Guénin (56)
“Une installation progressive bien préparée”
Après 15 ans de cuisine, je voulais changer de métier". Le licenciement économique provoquera le déclic et l'opportunité de se former au BP REA à Pontivy. "J'ai réalisé mes stages chez Eugène et Marie-Claire (atelier de 394 CM et 12 000 pondeuses), c'est ce qui m'a donné l'envie de produire du lapin". Après un emploi de porcher, il s'est installé en mars 2009, en exploitant, dans un premier temps, l'atelier de 394 cages-mères. Les bâtiments (20 ans) ont été rénovés en 2000 avec la création de 2 salles (système Duo) et le changement des cages. "L'outil était totalement opérationnel", explique Sébastien.
Les cédants se sont mis dans l'état d'esprit d'une transmission d'atelier reprenable, en poursuivant la rénovation et l'entretien et en maintenant un haut niveau de performances techniques (10 % meilleurs). "La transmission a été un véritable passage de témoin". Dans les premiers mois, Sébastien a bénéficié d'un accompagnement et d'une transmission en douceur du savoir-faire des cédants, (maîtrise de l'ambiance, gestes techniques en maternité...).
"J'ai beaucoup travaillé sur mon étude économique avec le conseiller et je me suis approprié le projet", déclare Sébastien. "Cela m'a permis de répondre aux interrogations des partenaires financiers. J'étais capable de leur expliquer les principaux chiffres". Sur les 6 premiers mois, les résultats réels sont supérieurs aux prévisions : 88 % de taux de mise bas, plus de 60 lapereaux/lapine, 18 kg de lapin produit par IA, un taux de mortalité de 6 % en mortalité et de 1,5 % en engraissement. "Il n'y a pas eu de surprise dans les résultats", résume Sébastien. Dans les conditions actuelles de coût alimentaire, le prix d'équilibre réel se situe à 1,73 euros/kg.
"Le travail au contact des animaux me plait. Il faut être précis et rigoureux dans la conduite de ce type d'atelier", confie Sébastien. "Limiter ses investissements de départ par la reprise de bâtiments d'occasion rénovés, bien connaître son projet économique et se l'approprier, être parrainé par un éleveur et accompagné par son groupement…" : Sébastien résume ce qui lui semble important pour un bon démarrage. "Il faut, avant tout, croire en son métier".
Madeleine et Joseph Josselin de Plancoët (22)
“Limiter les charges en optimisant un outil amorti”
On a fait un métier qui nous plaisait. On ne regrette pas", estiment Madeleine et Joseph Josselin de Plancoët. Ils produisent du lapin depuis 1975, avec 300 CM, 240 brebis et une ferme-auberge. "Mes bâtiments sont amortis. Au fil des ans, la marge lapin a baissé, elle a été en partie compensée par les deux autres activités".
Dans leurs yeux, pointe une certaine amertume. "Avec 100 cages-mères, on s'en sortait correctement il y a 25 ans. Il faut, aujourd'hui, plus de 400 cages-mères pour espérer dégager un revenu". Joseph Josselin cite quelques chiffres. En 25 ans, le prix des reproducteurs est passé de 7 à 18 euros, celui de l'aliment de 140 euros/t à 210 euros (un aliment différent avec plus de services). Le prix de vente du kg de lapin, à la production, est passé de 2,18 euros/kg en 1983 à 1,57 euro en 2009. Les consommateurs ont vu leurs prix augmenter de 35 à 50 %. Ce ciseau des prix est évocateur.
Dans ce contexte, Joseph a cherché non pas la performance technique maximale mais l'optimisation de l'outil existant. "J'ai essayé de limiter les charges à tous les niveaux, en renouvelant, par exemple, mes cages par du matériel d'occasion. Pour garantir le niveau sanitaire, nous sommes passés de la conduite 3 semaines à la bande unique". Cette évolution a permis de réduire le taux de mortalité à 5-6 % à 3 semaines au lieu de 9 à 12 % auparavant. Malgré les contraintes supplémentaires liées aux enregistrements, Joseph et Madeleine ont fait le choix de la démarche qualité Agri-Confiance (+2,3 ct/kg).
"On manque de visibilité et les efforts de productivité des éleveurs ont été captés par la distribution", souligne Joseph. Dans la ferme-auberge, ils proposent 3 à 4 menus dont l'un à base de lapin. "Globalement, cette viande conserve une bonne image auprès des consommateurs. C'est encourageant pour les producteurs". Ils estiment que "les jeunes qui souhaitent s'installer doivent bien réfléchir et mûrir leurs décisions".
L'opinion de Eric Guillermic et Pierre-Arnaud Wacquez, de Celtalliance
“Des leviers pour passer la crise"
Malgré la demande soutenue, les prix français restent calés sur ce qui avait été fixé en avril dernier, dans une période de surproduction, soit 1,79 euros/kg, alors que dans les autres pays (Belgique, Hollande, Italie), les prix à la production sont supérieurs à 2,05 euros/kg.
L'un des premiers objectifs est de bien connaître son prix d'équilibre pour cerner, au niveau de l'élevage, les leviers sur lesquels on peut agir, en maternité et en engraissement. Ces prix d'équilibre sont calculés dans plus de 8 élevages sur 10, à Celtalliance. Pour l'année 2009, il va manquer environ 20 ct/kg de lapin pour que le prix de vente atteigne le prix d'équilibre. Dans les six mois qui viennent, les trésoreries seront encore tendues. Le maillon production a besoin d'un signe fort et rapide des abattoirs sur l'évolution des cotations. Produire du lapin est un métier complet qui nécessite une bonne réflexion au niveau des investissements et un savoir-faire pointu au niveau technique.