
L’année 2009 sera à classer dans les bonnes au niveau des cours, même si les prix d'aliment sont restés assez élevés", souligne Roland Burban, président de la section œufs de l'UGPVB. La consommation d'œufs qui subissait un peu partout en Europe, une baisse lente mais continue, retrouve une nouvelle vitalité (+ 6,5 % au premier semestre), ce qui, ajouté aux travaux de mise aux normes, crée une conjoncture favorable qui pourrait se prolonger en 2010.
Des interrogations
Mais les interrogations demeurent. D'abord sur la production alternative, dont la demande est en croissance continue. "Les coûts de production restent élevés, en particulier en bio, et un déséquilibre offre-demande entraînerait une situation financière catastrophique dans les groupements. Prudence donc", souligne le président.
En production standard, l'intervention de Franck Moormann, montre une situation très variable, sur l'état d'avancement des mises aux normes bien-être. L'Allemagne et les Pays-Bas ont créé leur marché différencié avec leur Klein volière (voir hors-texte). En France, comme chez nos homologues espagnols, italiens ou polonais, l'échéance 2012 sera difficile à respecter.
Demandes de délais
Les carnets de commande sont pleins jusqu'en 2011. "Sur le terrain, on se heurte à la fois au souci d'avoir les autorisations nécessaires pour les bâtiments neufs mais aussi à obtenir des monteurs". Les bouleversements liés au bien-être animal vont entraîner un changement de physionomie dans l'élevage breton, avec un agrandissement évident des structures, un glissement vers la production alternative, un arrêt de production pour un certain nombre d'éleveurs, car les sommes nécessaires pour la mise aux normes sont colossales.
La baisse de la production entraînera des difficultés pour assurer l'approvisionnement des acheteurs, sans avoir recours aux importations, en provenance de pays qui ne respectent pas les règles européennes, ni sanitaires, ni environnementales, ni de bien-être. "Il n'est pas question d'aller contre la directive, mais de demander des délais dans son application car il ne faut pas laisser tomber 20 % de la production française", déclare R. Burban. "Nous devons être force de proposition et batailler pour ne pas avoir d'importations massives d'œufs".
Cette demande de délai comporte un risque. Au-delà du 1er janvier 2012, qui prendra ces œufs issus des cages non aménagées ? Les GMS prendront sans doute un minimum de risques et exigeront des œufs produits en cages aménagées. Les casseries auront plus de souplesse. Ce délai ne pourra pas être très long sous peine de retrouver des distorsions de concurrence entre ceux qui ont fait le choix de se mettre aux normes et les autres.
Patrick Bégos
Photo : De gauche à droite, Roland Burban, président de la section œufs de l'UGPVB, Gilles Guillaume, animateur.
Flash sur la production européenne
France : 43 millions de poules dont 81 % en cages. La rénovation des bâtiments est en cours avec une orientation agrandissement des élevages et cages aménagées. L'arrêt des petits élevages pourrait concerner 7 à 8 millions de poules. 20 à 25 % du potentiel de production en cage ne serait pas mis aux normes bien-être au 1er janvier 2012.
Allemagne : 39 millions de poules en 2008 avec 62 % en cages. 32 millions en 2010 avec 20 % en cages et 58 % au sol. L'Etat a interdit la production d'œufs en cage en 2001 puis a accepté en 2006 la klein volière, une cage plus grande, plus haute que les normes européennes. Une grande partie des supermarchés a décidé de remplacer l'œuf code 3 (cage) par l'œuf code 2 (sol). Les Allemands demandent un code 4 pour la cage klein volière.
Pays-Bas : 31 millions de poules en 2008 dont 45 % en cage et 41 % au sol. Taux d'autosuffisance de 308 %, pour ce pays, plus gros exportateur mondial. Ce pays suit la décision de l'Allemagne, interdit la production en cage traditionnelle en 2012 et adopte la Klein volière. La production au sol va encore progresser.
Royaume-Uni : 29 millions de poules dont 58 % en cages. Les supermarchés ont décidé en 2009 d'acheter des œufs de code 3, uniquement issus de cages aménagées. Environ 3 millions de poules sont en cages aménagées contre 14 millions en cages traditionnelles.
Espagne : 40 millions de poules dont 97 % en cages. Peu de demande d'œufs non produits en cages. Des fermes importantes de 800 000 à 1 million de poules, équipées en cages aménagées sont en création. Il reste 30 millions de cages à convertir d'ici 2012, avec des problèmes importants de financement.