
Il y a le cas des troupeaux conduits en agrobiologie dont le cahier des charges n’autorise l’utilisation d’antibiotiques qu’à des fins curatives. Il y a les éleveurs sensibles à la montée de l’antibiorésistance qui veulent apporter leur pierre à l’édifice du « moins de médicaments ». Et il y a parfois une volonté de réduire les coûts.
L’efficacité indéniable des antibiotiques
Reste, qu’aujourd’hui, le traitement systématique au moment du tarissement reste la technique la plus largement utilisée par les éleveurs laitiers. « Par sécurité », avancent les éleveurs quand on les interroge sur le sujet. Et ils n’ont pas tort : « On considère qu’en moyenne, il permet d’obtenir des taux de guérison de l’ordre de 75 % et une réduction d’environ 50 % des nouvelles infections », chiffre Nathalie Bareille, de l’Institut de l’élevage qui, avec la Chambre d’agriculture, l’Ecole vétérinaire de Nantes, a mené une étude sur le sujet. « La moitié des mammites déclarées le premier mois de lactation est due au tarissement », poursuit Guylaine Trou, Chambre d’agriculture. C’est dire l’enjeu d’un tarissement bien conduit
Pas étonnant donc que les éleveurs qui choisissent de se délester de l’antibiotique systématique y aillent à pas comptés. D’autant que, passer d’un traitement systématique à un traitement sélectif ne réduit pas forcément les coûts. Tout dépend du niveau d’infection au tarissement et du risque de nouvelles infections en période tarie.
Sur le plan pratique, l’allègement du protocole antibiotique au tarissement conduit à traiter seulement les vaches qui en ont besoin. Un tiers, la moitié des animaux, par exemple, en y associant ou non l’utilisation d’un obturateur interne. « Sachant que l’obturateur a un effet préventif évident. Il est plus efficace que l’antibiotique pour empêcher les nouvelles infections jusqu’au vêlage », indique N. Bareille. Avec cette précaution de bon sens : un obturateur se met sur une mamelle saine. À défaut, c’est l’effet cocotte-minute avec un risque d’inflammation évident.
S’appuyer sur les analyses de lait
Appliquer un traitement sélectif ne se décide pas comme ça à l’aube d’un petit matin. « Ce choix doit être analysé, pesé ». La première étape consiste à déterminer le niveau d’infection mammaire du troupeau au tarissement et la fréquence d’infection chez les vaches à tarir. « Pour faire simple, on s’appuiera sur les valeurs de concentration cellulaire des 12 derniers mois ». Soit à partir des résultats du Contrôle laitier, soit à partir des résultats fournis par le laboratoire interprofessionnel.
Cette première étape sera complétée d’une évaluation des risques de nouvelles infections au cours de la période de tarissement. « On cherchera à évaluer les nouvelles infections survenues au cours des périodes taries antérieures ; on mesurera les risques relatifs à la conduite du troupeau (logement, conduite) ; on s’attachera à évaluer les facteurs de risque liés aux animaux eux-mêmes ».
« Des réévaluations devront être réalisées périodiquement au rythme d’une à deux fois par an », indique Philippe Roussel, Institut de l’élevage. Un conseil de prudence qui ne doit pas conduire à se laisser envahir par la crainte de déraper et donc de ne pas essayer. Et pourquoi ne pas commencer par quelques vaches et augmenter progressivement le nombre de vaches non traitées…
Didier Le Du
Quelles vaches traiter ?
La sélection des vaches à traiter aux antibiotiques doit chercher à inclure si possible la totalité des vaches infectées au tarissement. Pour cela, on traitera :
- Les multipares > 150 000 cellules/ml au dernier contrôle avant tarissement.
- Les primipares > 100 000 cellules/ml au dernier contrôle avant tarissement.
- Toutes les vaches ayant présenté un cas de mammite clinique dans les 4 derniers mois.
Légende : Le traitement antibiotique sélectif permet en moyenne de réduire l’utilisation des antibiotiques de 40 à 60 %. Le plus souvent, un obturateur sera mis en place.