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Depuis 7 ans, Gwenaël Le Pichon ne laboure plus ses terres. "Nous ne souhaitions pas acheter de nouvelle charrue. Le coût, par rapport à l'utilisation qui en est faite, nous paraissait trop élevé". À deux sur l'exploitation, l'objectif était également de gagner du temps sur le travail des cultures pour en consacrer un peu plus à l'élevage laitier. "Nous avons participé à des réunions de la CAM 56 et visité des exploitations en Ille et Vilaine où le labour a été supprimé". Les résultats semblants satisfaisants, l'agriculteur s'est spécialisé dans les techniques simplifiées. Le matériel utilisé se réduit au Canadien, à une herse rotative et au semoir. Plusieurs espèces sont cultivées sur l'exploitation: luzerne, pois protéagineux, colza, maïs et céréales. "Nous respectons une période de trois ans pour réimplanter une même culture". Différents essais de conduite de cultures sans labour ont été réalisés en blé et en maïs cette année. Quatre modalités ont été étudiées en blé et trois en maïs. Les rendements sont sensiblement équivalents quelle que soit la technique adoptée.
Bernard Laurent
Un groupe pionnier en Finistère
Des pionniers Finistériens, réunis au sein d'un groupe d'échanges, ont témoigné de leurs pratiques et de l'intérêt de communiquer leurs observations. "Le groupe est toujours meilleur que le meilleur du groupe", déclarait, en préambule, Jean-François Sarreau, agriculteur à Landeleau. "Les premiers à avoir adopté ces techniques n'ont pas eu les résultats escomptés car ils travaillaient de manière empirique, isolés, dans leur secteur géographique". En 2000, la Chambre d'agriculture entreprend de recenser les exploitants pratiquant les techniques simplifiées. Une trentaine sur le Finistère, représentant 3000 hectares. Aujourd'hui, 180 agriculteurs appliquent ce système sur 16 000 hectares. "Le facteur déclenchant est d'ordre économique. La réduction des intrants trouve rapidement ses limites. Les charges de mécanisation sont donc ciblées. La charge de travail également, surtout lorsque l'on a recours à de la main-d'œuvre salariée". Rapidement, la dimension environnementale prend le relais. "Les techniques sans labour favorisent la biodiversité dans le sol. Elles suppriment l'érosion. L'allongement des rotations et les couverts végétaux évitent la propagation des adventices et les maladies". Une vingtaine de producteurs, sur ce département, sèment désormais en direct avec des semoirs adaptés, sans aucun travail préalable du sol. "Chez moi, le travail (semis direct intégral et récolte) représente 2,15 heures/ha et 35 litres de gazoil consommé".
Paroles d’agriculteurs et de techniciens
“Il peut y avoir une baisse de rendements les premières années. Les équilibres dans le sol ne sont pas réalisés. La matière organique est absente et ne peut donc protéger le sol”.
“La porosité (volume de vide dans le sol qui permet le transfert d'eau, de chaleur et le développement racinaire) est réduite par le tassement, la prise en masse et la battance. Au bout de quelque temps, les vers de terre migrent du fonds vers la surface. Leurs galeries aèrent le sol. La porosité se restaure”.
“Les limaces sont un souci. Après quelques années, les prédateurs naturels limitent leur développement (actions des carabes qui consomment les œufs ?)”.
“Il n'y a, à priori, pas de rémanence des produits herbicides (glyphosate), utilisés pour la destruction des couverts, pour gêner la croissance de la culture suivante”.
“Le couvert végétal est une condition de succès. Il permet d'éviter la battance, il stimule l'activité biologique, restructure le sol et évite la levée d'adventices”.
“L'éventuelle interdiction du glyphosate posera des problèmes (avec ou sans labour) mais il faut s'y préparer. Le semis direct intégral (sans travail préalable) limite naturellement la population de chardons”.
“Les conditions de récolte constituent le seul frein en production légumière (humidité du sol). L'exploitant est tributaire du planning de récolte de l'usine”.
“Il faut broyer finement les résidus de culture et les incorporer au sol pour activer leur dégradation et limiter la propagation des champignons (mycotoxines). Le choix variétal est prépondérant pour limiter le problème”.