
Quels sont les leviers d'action pour comprimer le coût de production ? Des consultants en production laitière, de Cogedis, ont tenté d'y répondre ou, du moins, de donner des pistes d'action lors de la réunion "action lait", le 24 novembre à Plouay. L'exposé théorique sur la maîtrise des charges d'alimentation, de mécanisation, de renouvellement du troupeau et de bâtiments a vite laissé place à une discussion passionnée entre les spécialistes du centre de gestion et les éleveurs présents. "Pourquoi sommes-nous conditionnés au système maïs-soja ?", s'interroge un participant. "C'est sécurisant certes. C'est surtout très cher. Plus de 1000 euros par mois pour mes 30 laitières. Pourtant, à 50 ans, je n'ai connu que cette conduite sur mon exploitation. Ce doit être culturel", dit-il en riant. La remarque est pourtant de bon sens. D'autres embrayent. "Le maïs est effectivement une sécurité. Nous devrions néanmoins produire la protéine chez nous. Pourquoi les outils de déshydratation de luzerne n'ont-ils pas été soutenus politiquement ?". Avant que d'autres projets ne voient le jour, probablement couplés à des unités de méthanisation produisant la chaleur nécessaire, le soja semble incontournable. "Le tourteau de colza, moins cher, peut rendre des services", rectifie un participant.
Trésoreries à l'agonie
Des éleveurs de Pluvigner se groupent pour acheter directement le soja au port de Lorient. "Nous nous faisons livrer une fois par mois. Le volume commandé est plus important et le prix est avantageux". La réduction de la part de maïs dans la ration fait débat. "Produire à l'herbe, bien sûr, à condition d'avoir de la surface". L'ensilage de maïs revient encore au centre des débats, pour des problèmes de trésorerie, cette fois. "Nous avons probablement ensilé trop de maïs cette année au détriment du grain. Les prix étaient faibles certes, mais aujourd'hui cet argent est stocké dans les silos et fait défaut à la trésorerie des exploitations". Une trésorerie que certains souhaiteraient consolidée par une plus grande ouverture de crédit. Ou en transformant des emprunts court terme en moyen-long terme. Avec une OC de 30 euros/1000 L, la capacité de résistance est de 10 mois pour un prix du lait 290 euros ; elle est de 16 mois pour 50 euros /1 000 L, selon Éric Olivero de Cogedis. "Attention cependant, prévient l'un des adhérents. Il faudra toujours les rembourser". Mieux vaut limiter le nombre de génisses dont le coût de production est de 1340 euros (dont 435 de charges de structure), en vêlage à 28 mois. "La différence de coût de revient est de 400 euros entre une génisse qui vêle à 24 mois et une autre qui vêle à 33 mois", selon le consultant. Quant aux économies sur les charges de bâtiment, l'une des participantes s'insurge : "Nous travaillons 365 jours sur l'élevage. Quand il pleut, à l'abri dans le bâtiment, c'est super !". Sur le deuxième trimestre 2009, le coût de production est en moyenne de 313 euros/1000 litres chez l'ensemble des adhérents Cogedis, avec de fortes disparités: 257 pour le quart supérieur et 381 pour le quart inférieur. De quoi se poser des questions dans beaucoup d'exploitations.
Bernard Laurent
Photo : Cogedis organise des réunions "action lait" à l'adresse des éleveurs.