
Les crises vécues actuellement par l'ensemble des productions agricoles sont le signe d'une mutation du secteur, ont fait remarquer les responsables de la Chambre d'agriculture qui tenait session le 27 novembre à Rennes. Alors que certaines productions progressent dans d'autres pays européens, elles baissent ou régressent en France, notamment du fait de distorsions de concurrence sur la main-d'œuvre, l'énergie, les phytosanitaires... La tomate par exemple, qui représente 51% du chiffre d'affaires réalisé par les légumes en Bretagne, doit faire face à un coût de main-d'œuvre beaucoup plus important qu'en Italie, Espagne et Allemagne (12 euros/heure en France contre respectivement 8, 7 et 6 euros/h). Les producteurs sont également touchés par le refus d'évolution de la part de l'Etat dans le rachat de l'électricité liée à la cogénération. En Ille-et-Vilaine, 25 serristes emploient 500 salariés.
Le nombre de producteurs de légumes de plein champ du département est passé de 800 en 1980 à moins de 100 aujourd'hui, dont un tiers est actuellement en situation critique. La baisse du coût de travail des saisonniers, annoncée par Bruno Le Maire, concernera peu les légumiers bretons. Pour les productions animales, les difficultés persistent notamment en porc, bovins allaitants, veaux de boucherie et lapins…
Importance de la formation
Dans ce contexte mouvementé, les élus de la Chambre d'agriculture ont proposé plusieurs pistes d'action, en agissant en amont d'une part. "Avant l’installation, il est préférable de distinguer le patrimoine privé et le capital d’exploitation pour éviter que l’arrêt d’activité ne s’accompagne d’une faillite familiale. Par ailleurs, il faudrait refuser en CDOA des dossiers d’installation qui ne respectent pas ou ne respecteront pas à court terme les réglementations (environnement, bien-être) et qui ne soient pas économiquement solides", a précisé Gilles Guillomon, président de la Commission économie à la Chambre.
"De mauvais choix de gestion et de financements et des compétences techniques insuffisantes participent à la difficulté. L’accès à la formation, notamment dans le cadre des formations collectives et des groupes de développement, reste prioritaire. Certaines formations, en particulier à la comptabilité et à la gestion (avec un accent particulier sur la trésorerie et sa projection à un an), devraient être rendues obligatoires".
Flambée des dossiers d'exploitations en difficulté
Quand les difficultés surgissent, Gérard Pelhate, président de la MSA 35 et MSA nationale, propose de ne pas miser seulement sur les accompagnements, "qui permettent toutefois de passer des caps difficiles". "Il faut aller plus loin avec tous les acteurs intervenants sur l'exploitation, améliorer la performance technique…". Ce travail d'accompagnement est concrètement mené aujourd'hui par la Chambre d'agriculture, la MSA et l'Atèse. "Alors qu'en 2008 nous n'avons traité que 80 dossiers d'exploitations en difficulté, l'année 2009 va en compter largement plus avec 136 dossiers pour le moment. En 2010, même si la conjoncture laitière devrait s'améliorer, le nombre de dossiers va rester élevé car les taux d'endettement de certaines structures sont très élevés", constate David Duguépéroux, le président de l'Atèse.
Pour éviter que la situation ne devienne critique, les exploitations en difficulté doivent être repérées rapidement, en particulier par les organisations professionnelles. Autre proposition des élus, "une cellule d’échanges pour les agriculteurs en difficulté ou désirant faire le point sur leur projet pourraient être mise en place". Intégrer les producteurs fragilisés à des groupes de développement, à l’image des clubs d’entreprises, représente également une piste d'action. "Cela permettrait de rompre la spirale de l’isolement et de développer les compétences nécessaires pour sortir durablement de la difficulté". On peut constater que les agriculteurs de ces groupes ont en moyenne moins de problèmes sur leurs exploitations.
Agnès Cussonneau
Photo : De gauche à droite : David Duguépéroux (président de l'Atèse), Joseph Ménard (président de la Chambre d'agriculture 35), Gérard Pelhate (président de la MSA 35 et MSA nationale) et Gilles Guillomon (président de la Commission économie à la Chambre).
RSA ou réorientation professionnelle
Les agriculteurs en difficulté ont la possibilité de bénéficier du RSA (Revenu de Solidarité Active) pour faire face aux besoins de leur famille. Quelquefois, la situation n'est pas redressable et les producteurs peuvent être accompagnés pour s'orienter vers un autre métier. Les hommes en bonne santé trouvent en général un travail dans lequel ils sont reconnus. Le dispositif de pré-retraite constituait une autre issue intéressante, mais il a été abandonné en France, sans qu'une solution de remplacement soit mise en place.