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Finistère (29)
Une photo vaut 1 000 mots / La force de l’image mise à l’épreuve
 

Vendredi 27 novembre. Joëlle, Yolande, Martine et Claudie ont rendez-vous sur l’exploitation d’Agnès et Denis Kerbrat, à Milizac. Ces éleveurs laitiers ont accepté d’ouvrir leur ferme à ce groupe d’agricultrices-photographes, dont Agnès fait d’ailleurs partie.


Le minerai ne manque pas


« L’image est quelque chose de puissant », accorde Véronique Brod, photographe professionnelle et animatrice de la formation. « Une photo vaut 1 000 mots ».
Le minerai photographique ne manque pas sur une ferme. La ferme foisonne de supports aussi nombreux qu’inattendus auxquels on ne pense pas spontanément : une empreinte de tracteur, un vieux pneu sous la fraîcheur d’une première gelée, les pas hésitants d’un nouveau-né, etc., savent séduire l’objectif de l’appareil photo. Sans parler de toutes les tâches quotidiennes qui constituent un gisement inépuisable. « Il faut regarder et voir », embraye V. Brod avant de laisser libre cours aux initiatives. Et de délivrer un dernier conseil : « Penser aux angles inhabituels. Osez ».
Oser. Peu à peu, la mitraille du groupe engrange les scènes quotidiennes avec la bienveillance de Denis Kerbrat qui joue pleinement le jeu sur son tracteur. L’opération de désilage est l’occasion de cadrer la manœuvre du sommet du silo, de saisir le mouvement du maïs qui s’écoule dans l’auge, etc. Sous l’œil vigilant de la professionnelle de l’image. « Réglez la sensibilité de votre appareil ; utilisez le flash pour contrer le soleil, etc. ». Les conseils déboulent au fil des photos qui s’empilent… et se déclinent. « Tiens, celle-là est superbe », encourage Véronique qui incite les agricultrices à oublier la pose figée.
Peu à peu le groupe se laisse aller à une certaine liberté pour capter l’image. Au passage, la photographe professionnelle aide à repérer une carte de l’Afrique sur la robe d’une vache. Invite à s’allonger dans l’herbe pour saisir un angle original d’une vache. « Il faut ouvrir les yeux ; mettre un autre regard sur votre quotidien ».


Créer le dialogue


Derrière cette demi-journée imprimée de bonne humeur s’avance l’idée « de créer le dialogue autour de la photo », explique Yann Primo, animateur du comité de développement de Brest. « La photo est un excellent vecteur de communication », dit-il, relevant que, « si ce vendredi, le groupe est exclusivement féminin, des hommes participent aussi à ce cycle de formation déjà suivi par 61 personnes ».
Au-delà du bonheur d’appuyer sur le bouton, les participants affichent la volonté de mettre en place un réseau d’agriculteurs(trices) photographes susceptibles de couvrir les événements agricoles locaux. « Dans les groupes, certaines et certains vont se révéler photographes ; d’autres se passionneront pour le classement ; d’autres encore pour la mise en scène au travers de diaporama », indique Y. primo qui vise « la circulation des photos, entre autres, par le biais d’une exposition itinérante ». Et de dévoiler un projet qui sort à peine des cartons : « La culture, grandeur nature ». Cette opération de communication devrait voir le jour en 2010, en partenariat avec BMO (Brest Métropole Océane). Ça vaudra la photo…

Didier Le Du


Photo : Scène du quotidien sans mise en scène, chez Agnès Kebrat, à Milizac. 



 Un travail de mémoire

Combien de scènes agricoles (battage, traite au pot, etc.) s’éteignent progressivement au fil des souvenirs qui s’évanouissent. Tout simplement parce que l’appareil photo était autrefois rare dans les campagnes. Parce qu’une certaine pudeur conduit beaucoup d’agriculteurs et d’agricultrices à ne pas saisir le quotidien agricole. Pourtant certains, pas encore assez nombreux, osent mitrailler. Ainsi, Yolande Le Gléau, agricultrice à Bourg-Blanc, sort son appareil lors des chantiers de maïs. Pour Joëlle Quéméneur, de Lanrivoaré, la photographie participe aussi à ce travail de mémoire d’une agriculture en perpétuelle évolution. Quant à Claudie Larreur, installée à Guilers, elle mentionne la série de photos des adhérents et anciens adhérents de la Cuma de Plouzané qu’elle a exposées lors du 30e anniversaire de la coopérative. Un travail de mémoire qu’il convient d’encourager, pour soi, pour les générations futures.



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Date de l'article : semaine du N° du 4 au 10 Décembre 2009
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