
Finie l’époque où l’agriculture se contentait d’une place au fond la classe pour présenter ses métiers. Et encore, quand les collèges daignaient bien ouvrir la porte à la profession.
Vingt ans après les premiers babillements de la communication sur les métiers de la production, l’agriculture a mûri son plan d’actions. Dernier-né, l’opération «La découverte des métiers verts » cible les 110 collèges du département. « 56 d’entre eux ont déjà été contactés. Nous avons des retours très encourageants », se félicite Nicole Morizur, coprésidente, avec Michel Adam, de la commission emploi-compétence de la Chambre d’agriculture qui a consacré sa dernière session à l’emploi.
Le défi de la main-d’œuvre
Cette nouvelle action de promotion part du constat, établi depuis plusieurs années, que « le secteur agricole a beaucoup de difficultés à attirer des jeunes ». Autrement dit, sauf enfants d’agriculteurs de moins en moins nombreux, les collégiens en phase d’orientation ne pensent pas spontanément à l’agriculture, fut-elle omniprésente dans l’environnement des Finistériens. Or, l’agriculture a et aura de plus en plus besoin de salariés pour assurer sa fonction de production. « Dans quelques années, le nombre de salariés dépassera le nombre d’agriculteurs sur le département. C’est déjà le cas dans le Nord-Finistère », explique N. Morizur.
Face à ce défi de la main-d’œuvre, la profession a beaucoup travaillé à l’élaboration d’un nouveau programme de sensibilisation aux métiers de l’agriculture qui emploient déjà l’équivalent de 8 600 équivalent temps plein.
Toutes les familles de l’enseignement agricole ont participé à ce travail orchestré par la profession, en lien étroit avec l’inspection académique et la direction diocésaine. Ce qui a permis d’élaborer une mallette pédagogique autour de 5 thèmes. « Ces thèmes s’inscrivent très bien dans les programmes des 4e et 3e de l’enseignement général. Ce qui en fait sa force ».
Aujourd’hui bien ficelé, cet outil fait progressivement son entrée dans les collèges. Les professeurs peuvent choisir un ou plusieurs modules en fonction de leurs priorités et celle des élèves : « De l’assiette aux champs » ; « Paysans d’hier, agriculteurs d’aujourd’hui » ; « L’agriculture, actrice de notre vie » ; « 80 métiers à découvrir » ; « La diversité des parcours de formation ».
Aux jeunes de choisir…
Concrètement, un binôme, constitué de conseillers emploi-formation au sein des structures professionnelles (AEF, Chambre d’agriculture, FDSEA, JA29) ou d’un représentant des familles de l’enseignement, accompagnés d’un agriculteur ou d’une d’agricultrice, se rend dans les collèges pour présenter de façon très pragmatique ces modules qui durent chacun 55 minutes.
« L’objectif est de dispenser la même information que pour les autres métiers. Aux jeunes ensuite de choisir leur orientation », conclut Nicole Morizur qui ne cache pas son enthousiasme au regard de cette action-phare. « Je suis confiante dans la démarche entreprise par le groupe de pilotage. Nous avons en effet des atouts à mettre en avant. L’agriculture permet de travailler au contact de la nature, des animaux, des plantes. Elle permet aussi de rester travailler et vivre dans la région. Ce qui est loin d’être négligeable».
Didier Le Du
Photo : Dans le Finistère, l’emploi salarié est important en maraîchage/horticulture et en cultures élevages non spécialisés.
Pas toujours simple
Pour attirer, l’agriculture doit pouvoir véhiculer des messages positifs. La crise que connaissent les différentes productions et le message qu’elle induit peut aller à contre-courant des efforts déployés pour attirer des jeunes.
Par ailleurs, la profession doit composer avec une sortie précoce des métiers de l’agriculture d’une partie des salariés. Même si elle doit accepter le désir de mobilité, la profession doit oeuvrer pour offrir des perspectives professionnelles sur la durée. Aujourd’hui, près d’un tiers des salariés a moins de 30 ans, ce qui traduit un certain turn-over. La formation professionnelle des salariés de la production, le renforcement des actions collectives (« comité d’entreprise », prévoyance de groupe, tickets restaurant, etc.) peuvent contribuer à fidéliser les salariés.