
Certes les émissions de CO2 issues de l’agriculture ne représentent que 1 % des émissions globales de GES de l’UE. Mais le secteur agricole, français par exemple, est à l’origine d’environ 20 % des émissions nationales de GES essentiellement sous forme de CH4 (méthane produit par l’élevage) et de N2O (protoxyde d’azote principalement issu de l’épandage des engrais azotés). Selon le scénario établi par le GIEC (Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat), pour que l’augmentation des températures se limite à 2°C, il faudrait les pays développés réduisent de 25 à 40 % leurs émissions de GES entre 1990 et 2020 et que, durant la même période, les pays en développement infléchissent la trajectoire croissante de leurs émissions. L’agriculture est responsable de près de la moitié des émissions de méthane à l’échelle de la planète. 5 % de ces émissions sont également attribuables à la combustion de la biomasse. Le protoxyde d’azote est quant à lui devenu le gaz émis par les activités humaines le plus destructeur pour la couche d’ozone.
Peu de marges de manoeuvre
Les émissions agricoles de GES en France ont déjà fortement décru entre 1990 et 2005 (-11 %), selon une étude de l’Inra. Elles devraient de nouveau diminuer d’ici 2020 mais dans des proportions beaucoup plus modestes, aux environs de -5 % dans le scénario central d’évolution. Dans le cas de la forêt, toujours en France, le puits de carbone (séquestration du CO2 par les arbres) devrait diminuer car même si la surface forestière augmente, il y a simultanément une progression de la récolte et une mobilisation accrue du bois énergie. « Au total, la marge de manoeuvre dans le secteur agricole (contribution possible à l’effort national de réduction des émissions de GES) serait limitée, sans mesures spécifiques ciblées sur un objectif de réduction dont il faudrait alors examiner les conséquences, notamment en termes économiques pour les exploitations », souligne Hervé Guyomard, directeur scientifique de l’Inra « Société, économie et décision »
Seule l’agriculture
Au stade actuel du processus, les émissions de l’agriculture ne figurent pas spécifiquement au menu des négociations. Pourtant, en Europe, une seule vraie politique environnementale a jusqu’à maintenant contraint l’agriculture : il s’agit de la directive nitrates (de protection des eaux souterraines) qui a permis une baisse de 25% des émissions directes de protoxyde d’azote par épandage d’engrais de synthèse depuis 1990.