
Non sans fierté, l'entreprise Inovasol, implantée à Plérin (22) a inauguré jeudi 26 la centrale solaire qu'elle vient de concevoir à Ploufragan. Il s'agit de la couverture d'un bâtiment industriel, plus précisément d'anciennes aciéries bretonnes fermées dans les années 85 et reconverties en plate-forme logistique il y a quelques années. L'objectif du propriétaire du site, Alain Nicol, était de le désindustrialiser par une démarche environnementale. Un projet qui ne pouvait qu'enthousiasmer l'entreprise Inovasol, désireuse de développer son savoir-faire sur les grandes toitures, qui nécessitent une technicité particulière. L'intérêt était aussi de disposer d'une sorte de vitrine exemplaire, à terme.
0,8 MW à la clé
Il s'agira, lorsque les travaux seront terminés, a priori en février, de la plus importante centrale solaire privée du Grand Ouest et la troisième de France par son envergure et le matériel de production utilisé. Elle produira 7,2 % des besoins annuels de la commune de Ploufragan. Les 5 433 m2 de panneaux solaires, répartis sur 3 versants, développeront une puissance d’environ 0,8 MW, ce qui représente la consommation moyenne annuelle de plus de 300 foyers (à titre de comparaison : en France métropolitaine, le nombre de parcs éoliens s'élève à 300, pour une puissance totale de 3400 MW soit environ 0,5 % de la production électrique nationale). Conséquent lui aussi, le coût de construction de la centrale s'élève à 4 millions d’euros. Des deniers qui n'ont pas été investis par le propriétaire du site, mais par trois investisseurs bretons désireux de rester anonymes. Quoi qu'il en soit, le risque pris est mesuré, puisque le retour sur investissement du projet est prévu pour 10 ans, sa recette annuelle devant s'élever à plus de 400 000 euros HT. Les investisseurs n'ont pas eu à se pencher sur la réalisation du projet. "Nous apportons une offre clés en main", explique Xavier Morellec, PDG d'Inovasol, qui annonce un chiffre d’affaires attendu de 11 millions d'euros en 2009. Avec un carnet de commandes de 23 millions d'euros. Le secteur ne connaît pas la crise.
L'agricole pour un tiers
L'agricole représente l'un des trois secteurs d'Inovasol, avec les grandes centrales et les particuliers, chacun représentant environ un tiers de l'activité. Pour sa part, le marché agricole ne semble pas fléchir. "Il est plutôt bon, même en ce moment avec le contexte de crise, rapporte Jean-Marc Labbé, responsable de branche. Actuellement, environ une trentaine de projets est en place, de 100 à 1500-1800 m2. L'investissement de base faisant parfois peur, certains agriculteurs optent pour la solution de location du toit." Dans ce cas, Inovasol se charge de chercher des investisseurs extérieurs avec lesquels l'agriculteur signe un contrat à très longue durée appelé "emphytéotique", le prix du m2 loué étant négocié en fonction du rendement des panneaux photovoltaïques.
Filière en structuration
Du côté de ces derniers, les avancées technologiques se poursuivent. Dans le cas de la Centrale de Ploufragan néanmoins, la quasi-totalité des panneaux installés proviendra de l'étranger (Allemagne, Grande-Bretagne, Chine). Des progrès restent donc à faire du côté de la structuration de la filière, en France. Enfin, la publication des nouveaux tarifs d'achat d’électricité photovoltaïque se fait, elle aussi, toujours attendre (lire ci-dessous).
Anne-Laure Lussou
Nouveaux tarifs d'achat : toujours pas actés
La mise en place des nouveaux tarifs d'achat photovoltaïque n'est toujours pas actée alors que le projet de décret les concernant a été rendu public, à grands renforts de communication, début septembre. Certains organismes s'en inquiètent, comme l'association Hepsul (www.hespul.org) considérée comme un organe de référence sur le sujet. "Il est urgent qu’un nouvel arrêté, même imparfait, vienne mettre fin ce que l’on peut considérer comme des détournements de biens communs", alerte-t-elle dans un communiqué de novembre, pointant notamment du doigt le manque de clarté actuel concernant la notion d'intégration au bâti. Cette dernière doit être clarifiée lors de la révision des tarifs.