
Loin devant les autres productions animales, la production porcine est la plus gourmande en investissement, lors de l'installation. En moyenne sur les cinq dernières années, il en a coûté 407 800 euros au repreneur, pour une installation aidée. "Ces dernières ont été au nombre de 59 en Bretagne entre 2004 et 2008, mais ce n'est pas l'ensemble des installations en porc", note Gwénola Floch Penn, du réseau régional des Chambres d'agriculture. Reste que la proportion des éleveurs âgés de 60 ans va croître à partir de 2011, augmentant d'autant le nombre d'outils à transmettre. À des jeunes qui devront fatalement avoir les reins solides.
Évaluation capitale
En moyenne, le capital d'exploitation, sur l'ensemble des exploitations porcines à reprendre, s'élève ainsi à 575 000 euros pour 204 truies, soit 2800 euros par truie. Un montant très variable en fonction des situations. Pour 10 % des cas, il dépasse le million d'euros. À mettre en parallèle avec la rentabilité moyenne permise par ces outils porcs, supérieure à celle des ateliers laitiers par exemple : "elle a été de près de 6 % en moyenne sur les 10 ans malgré une situation de marché particulièrement dégradée depuis 2007", indique Gwénola Floch Penn, qui insiste par ailleurs sur l'aspect fondamental, lors d'une transmission, de l'évaluation de la valeur de reprise de l'outil. La suite en dépendra.
Solutions à la rescousse
La phase de recherche de financements n'est pas la moins ardue, la norme de 80 % de capitaux bancaires maximum imposant aux repreneurs de trouver des capitaux propres importants. Plusieurs possibilités s'offrent au repreneur. "La loi Tepa 2007 facilite les transmissions familiales grâce à une refonte du dispositif successoral", cite Gwénola Floch Penn. La solution du "crédit - vendeur", qui permet d'étaler le montant d'une partie de la reprise sur 3-4 ans, par un arrangement entre les deux parties, fait aussi son chemin. Chacune des deux parties peut y trouver son compte. De leur côté, des groupements proposent des garanties de paiement sur les cinq premières années, ou un apport de capital (minoritaire, pour préserver l'autonomie de l'entrepreneur) au départ pour aider la reprise.
Enfin, pour les exploitations conséquentes, à la valeur d'actifs d'1,5 million d'euros et plus, des montages financiers de type holding, sont envisageables. Il s'agit alors d'un apport complémentaire de capitaux par des financiers extérieurs au sein de cette holding. À terme, soit les apporteurs se retirent, soit ils deviennent actionnaires majoritaires si les résultats obtenus n'ont pas permis leur retrait. "Attention, prévient Gwénola Floch Penn, l'éleveur doit garder en tête qu'il lui faudra rendre compte régulièrement, à son conseil d'administration, de ses résultats. Par ailleurs, les investisseurs imposeront un certain niveau de rentabilité. Enfin, cette solution est en moyenne de deux points plus onéreuse qu'un prêt bancaire classique."
Anne-Laure Lussou
Photo : La norme de 80 % de capitaux bancaires maximum entraîne les repreneurs à trouver des capitaux propres importants.