
Vous avez de la chance de disposer d'un laboratoire d'analyse sans équivalent aux États-Unis pour diagnostiquer la présence de mycotoxines dans l'alimentation des laitières". Nutritionniste, basé dans le Minnesota, Franck Gaudin s'exprimait devant des éleveurs et des techniciens, lundi dernier au Lycée La Touche à Ploërmel. Des États-Unis, il expédie des échantillons au Laboratoire d'analyse des Côtes d'Armor (LDA 22). "Une trentaine de mycotoxines peuvent y être détectées, à des doses très faibles". Or, pour le spécialiste, ces toxines sévissent même à de faibles niveaux de contamination.
Présentes dans la ration
Lors d'un essai comparatif, sept éleveurs Normands ont réalisé un diagnostic de détection sur des rations distribuées à l'auge. Aucun des troupeaux ne présentait de signes cliniques de maladies. "Dans les sept élevages, malgré l'absence de moisissures visuelles, le mélange contient un cocktail de mycotoxines. Compte tenu des niveaux de contamination, seuls deux d'entre eux auraient été détectés aux États-Unis". Deux rations sur sept étaient donc fortement contaminées. Trois à quatre toxines se retrouvent habituellement, à des niveaux divers, dans les rations. Fumonisine et vomitoxine (DON) sont souvent présentes dans les maïs grain ou ensilage. Les principaux symptômes, à des niveaux élevés, sont une baisse de l'ingestion et une augmentation des troubles digestifs. La Zéaralénone, issue comme les deux précédentes du champignon Fusarium, est généralement moins présente. Elle entraîne une baisse de fertilité. Elle sature les récepteurs d'oestrogènes. Les symptômes de gonflement des mamelles des génisses peuvent s'expliquer par sa présence. L'aflatoxine, la plus toxique, se retrouve dans moins de 10% des cas. Elle accroît la sensibilité aux infections et entraîne des lésions hépatiques. Une toxicité aiguë peut entraîner la mort de l'animal. Le nutritionniste insiste. "La combinaison de plusieurs mycotoxines à de faibles niveaux de toxicité peut être aussi néfaste qu'une seule mycotoxine à un haut niveau de toxicité. Les signes cliniques peuvent être associés à une pathologie infectieuse, et traités comme tels". Le diagnostic n'est qu'une première étape. Comment procéder face aux contaminations?
Production et fertilité
Le niveau de pollution conditionne l'utilisation d'un capteur de toxines. Dans l'essai réalisé chez les sept éleveurs volontaires, un capteur, le MMI d'Olmix, à base d'amadéite (argile), a été ajouté à la ration à raison de 30 grammes par jour et par vache, soit environ 1,5 gramme par kilo de matière sèche ingérée. "Les données recueillies pendant 15 mois montrent que les 396 laitières de l'essai ont produit 1 kilo de lait supplémentaire en moyenne. Plus la contamination est importante, plus la différence de production augmente entre les rations avec ou sans capteur. Cette différence peut atteindre trois à quatre kilos de lait". Les résultats de fertilité ont également été analysés lors de l'essai. "Le gain de fertilité est de 4,55% en première insémination. Le nombre de paillettes nécessaires pour féconder une vache passe de 1,83 à 1,70, dans cet essai".
L'argile peut être une réponse à la contamination. Ses feuillets filtrent l'aliment dans le tube digestif. Cette argile ne passe pas la barrière intestinale. Elle est éliminée naturellement par l'organisme. D'autres capteurs existent. Plus couramment utilisés en production porcine, ils assurent une qualité sanitaire de l'aliment. En cas de doute, une analyse de la ration en sortie de mélangeuse s'impose.
Bernard Laurent
Photo : Une simple analyse permet de connaître la contamination éventuelle de la ration à l'auge