
Une vache à 8000 litres de lait et une mammite par an. Telle était la définition que donnaient les associés du Gaec de la Chapelle, de la Prim'Holstein, jusqu'à ces dernières années. Deux suivis "mammites" en dix ans; la coupe était pleine."La mise aux normes des bâtiments n'avait rien arrangé. Au contraire, les animaux étaient confinés. Les problèmes de mammites et de leucocytes étaient récurrents". Un hangar de stockage de fourrage a été converti en aire paillée. L'état sanitaire s'est globalement amélioré. La question de la rusticité de la race restait posée. "La consanguinité est trop importante chez nos animaux. Les pères à taureaux ont tous les mêmes origines". Suffisant selon les éleveurs pour dégrader les défenses immunitaires et affaiblir des animaux à fort potentiel de production. "Nous avons songé à réaliser des essais de croisement avec une autre race". La Brune des Alpes retient notre attention lors d'une présentation à un comice. "Elle est proche de la Prim'Holstein en terme de conformation et de production. C'est le même type d'animal, contrairement à d'autres races plus mixtes".
Une vache économique
Les quatre plus vieilles croisées (F1), toujours en production, ont produit entre 25 et 31 tonnes de lait sans aucun souci de santé. "Sans avoir le potentiel de production des Prim'Holstein, les F1 sont de bonnes laitières. Elles vieillissent bien et sont économiques". Le taux de croisement a progressivement augmenté pour atteindre désormais 30% du troupeau. "Toutes les vaches ou lignées sujettes à mammites ou leucocytes sont accouplées avec des taureaux Bruns. Sur 25 lactations, actuellement terminées, une seule mammite est à déplorer. Les résultats ne sont pas aussi satisfaisants en race pure". Une amélioration du taux de fertilité est également escomptée, même si ce n'est pas l'objectif de départ. Ces vaches croisées sont inséminées avec des taureaux Holstein. "Les premières F2 sont en production. Nous espérons qu'elles conserveront la rusticité de leurs mères". Dans le cas contraire, un croisement à trois voies est envisageable. Reste à trouver la race idoine qui permettrait de conserver le bénéfice de l'hétérosis sans dégrader la conformation et la qualité de mamelles, marques de fabrique des races noire et brune.
Bernard Laurent
Photo : Urette, une vache croisée Prim'holstein x Brune qui correspond aux critères de rusticité recherchés par les éleveurs.
Le croisement des races, base de la reproduction porcine
4% à 5% seulement des vaches laitières sont inséminées par des taureaux d'une autre race. D'autres espèces, comme le porc, bénéficient au maximum du croisement de races. Les lignées mâles et femelles sont sélectionnées séparément (sans échange de gènes). Les lignées femelles sont elles-mêmes, bien souvent, des lignées à trois voies (croisement de trois races). La différence, avec la sélection bovine, tient au fait que l'éleveur de base ne possède que des animaux dont les issus sont destinés à l'abattoir et pas à la reproduction. La sélection est réalisée par des éleveurs spécialisés (sélectionneurs ou multiplicateurs). La sélection tire un bénéfice maximal de l'effet d'hétérosis. Cet effet, appelé également vigueur hybride, se traduit par la supériorité pour de nombreux caractères de l'individu hybride (vigueur, rendement, résistance aux maladies) sur la moyenne des deux parents. Cette vigueur hybride est d'autant plus importante que les parents sont éloignés génétiquement.