Invités à relater leurs expériences respectives de formation, Carine Chassé, éleveur laitier en Ile et Vilaine et Jean Claude Foucraut, producteur de porcs à Noyal Muzillac, ont lancé le débat sur la nécessité de développer la prospective (étude des futurs probables), à l'assemblée des GVA. La première est détentrice d'une bourse internationale lui permettant de bénéficier de voyages d'études à travers le monde. Le second a participé à un groupe de réflexion, avec d'autres éleveurs Morbihannais, sur l'avenir de la production porcine. Tous deux insistent sur la nécessité, pour les agriculteurs, de connaître l'évolution du monde et de l'environnement proche pour prendre les bonnes décisions à l'échelle de l'exploitation.
"J'ai pris du plaisir, dans notre groupe de réflexion, à faire des recherches sur l'évolution du prix des céréales et de l'aliment, à étudier le marché du porc et la formation des prix ou encore à envisager la consommation future de viande en France et dans le monde", indique Jean Claude Foucraut. L'intervention d'experts de l'agroalimentaire ou de sociologues a permis au groupe d'analyser les atouts, les menaces, les opportunités, les contraintes et de construire des scénarios à l'horizon 2015-2020. Et à l'échelle de l'exploitation ? "La structure existe. Les engagements financiers également. Nous ne pouvons pas tout bouleverser à l'issue d'une formation. Il n'empêche, la réflexion sur le coût de production à l'avenir est engagé. Par exemple, le système qui consiste à vendre des céréales pour acheter de l'aliment est-il durable compte tenu de l'augmentation du prix des transports et de l'énergie? La fabrication à la ferme n'est-elle pas souhaitable ?". Au niveau personnel, la formation procure une plus grande ouverture et plus de relativité sur la place de l'agriculteur dans le monde environnant, selon l'éleveur.
La mode du circuit court
Carine Chassé s'interroge, entre deux voyages en Chine, au Mali, au Danemark ou en Nouvelle-Zélande, sur la répartition et la raréfaction des eaux ou sur l'achat de terres africaines par les Chinois ou les Coréens. Pas trop difficile le retour sur les terres de l'exploitation du Piré sur Seiche en Ile et Vilaine? "On relativise beaucoup. Il faut s'interroger sur les demandes des consommateurs et adapter la production à ces besoins. On a trop souvent fait l'inverse". Pour Carine, l'évolution vers la production biologique est en cours. Les deux conférenciers se rejoignent sur le fait qu'il y aura différentes formes d'agricultures pour différents marchés. "La production de masse reste impérative. À côté, les circuits courts et le bio ont toute leur place. La production de biens et services se développera", ajoute Jean Claude Foucraut. "Attention aux modes", intervient Nicole Le Peih, forte de ses trente années d'expérience de la vente de volailles en direct. "Je suis perplexe sur l'engouement pour les circuits courts. La majorité des consommateurs n'a pas le pouvoir d'achat pour acheter ces produits".
Restitutions = obscurantisme
Les intervenants demandent aux GVA de concevoir des cycles de formation sur l'analyse prospective et sur la formation à l'économie en général. "Les lacunes existent. On l'a bien vu lors de la crise laitière. Les éleveurs ne comprennent pas forcément les mécanismes de formation du prix du lait et les lois du marché mondial", insiste Jean Claude Foucraut. Augmenter la capacité des agriculteurs à collecter et à analyser l'information. Pour ne plus entendre certaines aberrations. "Il y a, aujourd'hui, une part d'obscurantisme, de la part de certains, à défendre les restitutions". Le meilleur moyen, effectivement, d'exporter les crises.
Bernard Laurent