
L'une des huit réunions d'information organisées par l'AEBEA (Association des éleveurs de Bretagne apporteurs de lait à Entremont Alliance) a eu lieu en Ille-et-Vilaine (le 24 novembre à Bédée). Environ 250 producteurs étaient présents, sachant que l'Ille-et-Vilaine compte 400 sites de livraison à Entremont. Frédéric Chausson, directeur du développement coopératif de Sodiaal, a présenté aux participants le projet de reprise en cours de discussion (voir aussi en page 5). Apportant la vision de Sodiaal sur les enjeux du dossier, il a rappelé "qu'Entremont Alliance a toujours délivré des résultats satisfaisants auparavant et n'a pas vocation à perdre de l'argent".
L'entreprise a par contre dû renoncer à 40 000 tonnes d'emmental (sur les 140 000 t qu'elle produisait) dans une guerre entre opérateurs. "Notre priorité est de récupérer ces tonnages. La gestion et la défense du marché de l'emmental français doivent être revues et des investissements devront être faits en recherche et développement et en gains de productivité". Frédéric Chausson a aussi rappelé qu'un "aménagement extrêmement important" de la dette d'Entremont doit être réalisé pour que Sodiaal puisse reprendre Entremont. La gestion volume – prix doit aussi être adaptée.
La restructuration aura donc un coût que Sodiaal souhaite renflouer en partie en prélevant 3,8 euros/1 000 L aux producteurs Entremont pendant sept ans. "En fonction des performances de l'activité PPC (pâtes pressées cuites), il pourra être diminué, voire annulé ou capitalisé". En Ille-et-Vilaine et à l'image des représentants de l'AEBEA, les producteurs ont fortement rejeté ce prélèvement. "Pas question de payer un droit d'entrée à fonds perdus. Pourquoi les producteurs devraient payer les dettes d'Entremont ?", pouvait-on entendre lors de la réunion.
Souhait d'un autre projet de reprise
Les votes des producteurs ont montré que la majorité souhaite poursuivre les discussions engagées avec la coopérative Sodiaal. Ils se montrent en parallèle favorable à des discussions avec un autre repreneur, pour avoir deux projets en concurrence. "Nous avons rencontré deux fois les dirigeants de Lactalis à Laval, précise Pascal Nizan, président de l'AEBEA. Ils nous ont renvoyé une lettre d'intention". Lettre qui précise que Lactalis pourrait reprendre l'intégralité de la zone de collecte, avec une flexibilité proche de celle qu'il applique actuellement, sans aucune participation des éleveurs. Les négociations avec la CNP d'Albert Frère (actionnaire principal d'Entremont Alliance) pourront s'officialiser quand l'accord d'exclusivité avec Sodiaal sera levé (au 30 novembre). Rien de concret pour le moment donc.
Comme c'est le cas partout en Bretagne, les producteurs d'Ille-et-Vilaine dans une écrasante majorité ne veulent plus continuer à travailler avec Entremont, dans le périmètre actuel. "Le prix de 262 euros/1000 L ne nous satisfait pas. Etant donné les meilleures conditions de marché en beurre, poudre et lactosérum, l'actionnaire est en capacité de payer plus, et ne le fait pas. En 2010, nous souhaitons intégrer une entreprise qui s'intéresse au lait", a déclaré Olivier Auffray, administrateur de l'AEBEA.
Agnès Cussonneau
Photo : De gauche à droite : Pascal Nizan (président AEBEA), Frédéric Chausson (directeur du développement coopératif Sodiaal), Olivier Auffray (administrateur AEBEA) et Ronan Jacques (trésorier AEBEA).