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Finistère (29)
Lait / La trésorerie, nerf de la guerre
 

Le lait n’est pas le porc. Les trésoreries n’ont rien de commun. Et si les trésoreries porcines sont habituées à faire l’accordéon, les trésoreries des laitiers, pas préparées aux fluctuations de marchés, manquent de souffle. D’autant plus que, dans certaines exploitations, elles ont été écornées par des investissements décidés dans l’euphorie de 2008. « En 2009, il manque 25 euros/1 000 litres pour maintenir les trésoreries », calcule Jean-Yves Mazéas, conseiller de gestion Cogédis, qui animait une des réunions « Action lait » organisée à Plonéis.


Augmenter la capacité de résistance


Dans le contexte de crise actuel, le nerf de la guerre, c’est bien la trésorerie. Quelque part, il est un peu tard de calculer son point d’équilibre qui intègre les annuités d’emprunts relatives à des investissements déjà faits. Et qui, le cas échéant, vont peser pendant encore 5, 10, 12 ans. Sauf à vendre l’éventuel matériel un peu superflu. Et encore, « sa décote minimisera l’intérêt de l’opération », confie un éleveur. Quant aux bâtiments, il faudra bien les payer…
Pour améliorer les trésoreries, les conseillers de Cogédis ont livré quelques pistes applicables tout ou partie dans les exploitations. La première solution consiste à s’adresser à sa banque. Pour demander combien ? « C’est une question de confiance entre l’éleveur et son banquier ». Avec à la clé des capacités de résistance différentes selon le montant de l’ouverture de crédit : « Avec une OC de 30 euros/1000 l, la capacité de résistance est de 10 mois pour un prix du lait 290 euros ; elle est de 16 mois pour 50 euros /1 000 l ».
Au-delà des OC, la transformation des emprunts CT en emprunts LMT, la négociation de différés d’amortissement, la reprise d’autofinancements (c’est-à-dire coller des emprunts sur des matériels qu’on avait autofinancés), l’allongement des durées d’emprunts, etc., peuvent être des solutions à étudier avec son banquier. « Pour être convaincant, il faut maîtriser ses chiffres », conseille Pascal Cochou, consultant à Cogédis.


Reconstituer une trésorerie à pas cher


Reste que des solutions moins chères peuvent être mises en oeuvre. « Comme réinjecter des capitaux propres dans l’exploitation. Comme étaler le paiement de ses fournisseurs. Avec ce risque d’avoir des factures qui traînent et s’accumulent et créent un endettement caché », prévient J.-Y. Mazéas.
La gestion serrée des stocks peut apporter un bol d’air ponctuel aux trésoreries. « Inutile de stocker de l’engrais pendant 4-5 mois ». Sur d’autres stocks, il convient cependant d’être plus large. Une rupture de fourrages peut induire des dépenses conséquentes liées à l’urgence de la situation.
Le stock, c’est aussi le cheptel de renouvellement. « Le prix de revient d’une génisse est de 1 340 euros  », calcule Cogédis qui suggère de vendre quelques femelles pour se faire du cash. « Tout en gardant une marge de 10 % par rapport aux besoins stricts : soit, par exemple, 2 génisses pour un troupeau de 80 vaches avec un taux de renouvellement de 25 % ». Car l’essentiel est de « faire son quota » pour continuer à générer de la marge brute face à des charges de structure peu compressibles.
Contrairement à ce que l’on peut parfois penser, agir sur les prélèvements fiscaux et sociaux a des effets rapides sur la trésorerie. « Une sortie d’associé, un changement de statut a des effets sur les cotisations MSA dès 2010 ». Sachant que la réflexion doit être menée sur le long terme. « Devenir conjoint collaborateur a des conséquences sur le nombre de points retraite  ; opter pour la moyenne annuelle en MSA (avant le 30 novembre 2009) est un engagement de 5 ans, etc. ».
Enfin, doit-on oser l’écrire : réduire ses prélèvements privés est une solution efficace pour améliorer sa trésorerie. Reste que les prélèvements des producteurs laitiers ne sont déjà pas élevés : 70 euros/1 000 litres en moyenne. Ce chiffre est une moyenne. Parfois, il devient carrément impossible de se serrer davantage la ceinture.

Didier Le Du


Photo : Inutile de se taper la tête contre les murs. Des solutions simples pour assurer la trésorerie sont à réfléchir au sein de chaque exploitation. 



 Les quatre leviers


Cogédis cite quatre leviers pour agir sur le coût de production. Quatre postes qui représentent plus de 2/3 du coût de production.
1 - Le renouvellement
Le prix de revient moyen d’une génisse holstein est de 1 340 euros pour un vêlage à 28 mois. Une génisse gardée un mois de plus sur une exploitation, c’est 40 euros de charges en plus.
Baisser de 10 % le taux de réforme se traduit par un gain potentiel de 4,70 euros /1 000 litres. L’engraissement des réformes avec une marge sur coût alimentaire de 50 euros = 2,20 euros /1 000 litres.
2 - L’alimentation du troupeau
L’herbe pâturée coûte 93 euros /ha (18 euros /t MS) ; le maïs, entre 195 euros pour le quart supérieur à 538 euros /ha pour le quart inférieur. Si l’on retient la moyenne, c’est 352 euros /ha, soit de 25 à 35 euros /t MS. Sans oublier que la complémentation de l’herbe ou du maïs, ce n’est pas le même prix. Selon le degré d’intensification, la quantité de concentré ne sera également pas la même : 777 kg/VL pour une production de moins de 4 000 litres/ha SFP (31,90 euros /1 000 litres) ; 1 390 kg/VL pour une production de 10 000 l/ha (38,60 euros /1 000 litres).
3 - Les frais de mécanisation
3 CV/ha en lait spécialisé : c’est suffisant. On en est souvent nettement au-dessus. L’écart moyenne-meilleurs, constaté par Cogédis est de 13,90 euros /1 000 litres.
4 - Les bâtiments
Bien savoir ce qui est indispensable. En priorité, aménager les bâtiments existants pour allonger leur durée de vie. Faire attention aux petits riens qui font des gros devis… 



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Date de l'article : semaine du N° du 27 Novembre au 3 Décembre 2009
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