
L’accueil du projet Sodiaal pour la reprise des activités d’Entremont Alliance a été mitigé, même parfois hostile. Ainsi à Rostrenen, les responsables de l’association, comme le représentant de Sodiaal ont eu du mal à s’exprimer face à des représentants de l’Apli particulièrement remontés. À Pédernec (100 participants), comme à Plémet (350 participants) les réunions se sont tenues dans une ambiance plus sereine.
Une participation indispensable
Frédéric Chausson, directeur du développement coopératif de Sodiaal, s’est d’abord voulu rassurant : « la bonne nouvelle, c’est qu’Entremont Alliance intéresse les opérateurs. Le projet se prépare avec l’adhésion des producteurs de l’entreprise ». Il explique succinctement ce qui a conduit Entremont dans une situation délicate : une guerre des prix sur le marché de l’emmental, une forte croissance de la collecte au moment où les cours commençaient à basculer. Ce qui a contribué à fragiliser sa situation financière.
Il évoque différentes éventualités : Entremont reste seul. « Cela risque de provoquer des tensions sur le prix du lait compte tenu de la situation financière difficile ». La venue d’un intervenant (autre que Sodiaal), français ou étranger pourrait aussi provoquer un déséquilibre lié notamment à la taille des opérateurs. Les pouvoirs publics et la profession nationale (FNSEA/Jeunes Agriculteurs) ont eux aussi affiché clairement leur préférence pour le projet coopératif.
Le projet Sodiaal est donc présenté comme une alternative qui permet de créer un groupe coopératif fort de taille européenne. Mais il implique un engagement important des producteurs d’Entremont Alliance, une contribution double, 1,7 euro/ 1000 litres pendant 7 ans pour acquérir du capital social, et 3,8 euros/1000 litres pour la restructuration. Frédéric Chausson assure que le prélèvement de restructuration sera conditionné aux performances de l’activité pâtes pressées cuites. Et souligne que dans le cadre d’un précédent rapprochement avec un opérateur du marché de lait de consommation, un prélèvement de restructuration a été ensuite restitué aux producteurs.
Loin d’être bouclé
Vu du côté de Sodiaal, la proposition se comprend. « Pas question de fragiliser l’entreprise, et difficile de faire payer à ses propres producteurs le rachat d’Entremont ». Mais pour les producteurs appelés à se prononcer sur une éventuelle adhésion, la facture paraît salée. « On a déjà assez payé » a t-on entendu lors des réunions. C’est d’ailleurs là-dessus que s’appuient les détracteurs du projet pour le combattre. En outre, la réflexion double volume/double prix, évoquée lors des réunions n’est pas faite pour les rassurer.
Les représentants de l’AEBEA qui ont beaucoup travailler pour tenter de trouver la meilleure issue possible au dossier sont marqués par certaines accusations. « C’est le seul projet dont nous disposons pour le moment, mais nous ne sommes pas là pour vous forcer la main. Et c’est vous qui déciderez », précisent-ils. Il faudrait une adhésion à 70 % qui pour le moment ne semble pas acquise. Se sachant dans une situation inconfortable à défaut de disposer d’autres propositions. A moins que, et c’était une rumeur des dernières réunions, le groupe privé Lactalis revienne sur le devant de scène des négociations. Il paraît de plus en plus évident que le dossier est loin d’être bouclé.
Pierre Dénès
Photo : Une centaine d’éleveurs à la première réunion de Pédernec