
Dans un contexte de crise, l'aviculture va mieux que d'autres productions. "L'Enquête avicole des Chambres d'Agriculture montre des améliorations de marges liées à une combinaison de facteurs", souligne Didier Goubil, président de la Commission avicole régionale. "Le marché s'est bien tenu sur la période, les performances techniques s'améliorent et les charges variables ont progressé modérément".
Plus de kg par m2
La productivité fait le résultat. L'exemple du poulet export l'illustre bien. En trois ans, la productivité est passée de 234 kg à 267 kg/m2/an, soit un gain de 14 %, grâce notamment à une accélération des rotations (+10%) et des densités. Parallèlement, les charges variables ont peu progressé, si bien que la marge brute augmente de 42 % en 3 ans.
Cette production suscite toutefois des interrogations. Comment évolueront les exportations vers les pays tiers au-delà de 2013 ? "L'éventuelle remise en cause des restitutions, dans le cadre de l'OMC, pourrait réduire sensiblement notre compétitivité", précise Christian Delabrosse. "Une autre interrogation pointe à l'horizon, c'est la mise en place de la directive bien-être". Elle prévoit des seuils de production à 33 kg/m2 puis 39 et 42 kg. Actuellement plus de 50 % des lots de poulets sont au-dessus de 39 kg/m2 et 26 % sont au-delà de 42 kg. "Pour pouvoir maintenir ces niveaux, les éleveurs devront satisfaire de nouvelles contraintes. Dès qu'on va toucher à la productivité, on va réduire la marge".
Des multi-enlèvements
La multiplication des enlèvements à des poids et âges différents est une voie intéressante. Un premier enlèvement de poulets export à 1,4 kg peut être une solution pour maintenir la productivité globale d'un lot. La directive bien-être et le devenir des restitutions à l'export sont deux questions clés pour l'avenir du poulet en Bretagne. En dinde, le marché s'est redressé. Et au niveau sanitaire, on constate nettement moins de lots à problèmes (moins de 10 % contre 20 % auparavant). "Ces facteurs ont contribué à un redressement des marges depuis 3 ans. Mais on a du mal à aller au-delà du plafond de 175 kg par m2".
Pas de renouvellement
Ces améliorations de marges ne permettent pas de refaire le retard accumulé en aviculture. Le revenu disponible (en euros constants) atteint 10,30 euros/m2/an contre 14,30 euros en 1990-91. Beaucoup d'aviculteurs ont souvent compensé par une augmentation de leurs surfaces.
Une autre inquiétude concerne l'évolution du parc de bâtiments. En quelques années, la surface globale a baissé de 20 à 25 %. "Il n'y a pas de réinvestissement en poulaillers neufs et le parc vieillit. On peut encore perdre 15 à 20 % de surface", déclare Didier Goubil. C'est un enjeu important de territoire. "Certains éleveurs n'investissent plus et attendent la cessation d'activité, avec des bâtiments qui seront difficilement reprenables. La poursuite de l'amélioration des marges sera un élément déterminant dans l'avenir de l'aviculture en Bretagne".
Patrick Bégos
Des contrats insuffisants
"Si les marges s'améliorent, elles restent insuffisantes", déclare Jean-Michel Choquet, de la FRSEA Bretagne."Pour reprendre et rénover un bâtiment (100 euros/m2) et dégager un revenu de 10 euros/m2/an, il faudrait une augmentation des contrats de 31 euros/t en poulet et de 54 euros/t en dinde. Pour construire un bâtiment neuf et dégager ce revenu, l'augmentation devrait être de 74 euros/t en poulet et 122 euros/t en dinde".La rentabilité par production
La rentabilité par production
- Poulet export
Les performances techniques restent bonnes (1,4 kg en 35,3 jours pour un indice de 1,738). La marge PA par lot progresse à 7,36 euros/m2/lot. La rotation reste élevée (7,14 lots/an), la marge PA/m2/an progresse à nouveau passant de 49,42 euros à 52,55 euros. La marge brute atteint 33,85 euros/m2/an. En trois ans, elle a progressé de 42 %.
- Poulet lourd sexé
Globalement, les performances techniques régressent par rapport à l'an passé (2,54 kg en 51,9 jours pour un indice de 2,006). La mortalité augmente (5,01 %), en raison de problèmes sur une souche. La rotation diminue légèrement (5,13 lots par an) et les charges progressent (frais de santé). Au final, la marge brute annuelle perd 2,5 euros/m2/an.
-Canard de barbarie standard
Stabilisation des performances techniques (3,89 kg en 85,9 jours pour un indice de 2,769). L'amélioration des marges PA (73,24 euros/m2/an) permet de compenser la hausse des charges. La marge brute annuelle (45,74 euros) s'améliore de 4,2 % en un an.
- Poulet label
Peu d'évolution des critères techniques. On note une tendance à l'allongement de la durée des lots (88,6 jours) et à une légère augmentation des indices (3,088). La marge PA/m2/lot (12,22 euros) augmente de 4,6 % en un an. Les charges étant stables, la marge brute annuelle (29,52 euros) se redresse de 6 % sur un an.
- Poulet standard
Les performances techniques se stabilisent : 1,89 kg en 39,8 jours pour un indice de 1,824. Le nombre de lots est en légère baisse (6,30) sous l'effet d'une hausse de la durée des vides (18,1 jours). La marge PA régresse d'1 euro/m2/an et la marge brute annuelle de 1,50 euros à 27,24 euros. Mais elle reste supérieure de 2,40 euros à celle de 2007.
- Dinde médium
Les performances techniques continuent globalement à s'améliorer (10,04 kg en 127,5 jours pour un indice de 2,424). La rotation est un peu plus faible (2,4 lots/an). La marge PA (45,01 euros/m2/an) progresse d'1 euro et la marge brute annuelle augmente de plus de 5 % en un an et de près de 27 % en 2 ans.