
À l’heure où l’obésité inquiète les pays riches, un habitant sur 6 ne mange pas à sa faim. La spirale semble inextinguible. Le chiffre d’un milliard d’humains qui ont l’assiette vide a été franchi dans la plus grande indifférence.
L’émotion passée, que faire ? La semaine dernière, la réunion de la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation à l’agriculture), qui s’est tenue à Rome, capitale symbolique du partage du pain, a été bâclée. On retiendra les frasques de Kadhafi et ses jolies Romaines. L’indécence de l’épouse du président de Tunisie qui bloque la circulation en écumant les magasins de luxe. On retiendra surtout que les dirigeants des huit pays les plus industrialisés – sauf Berlusconi qui n’a pu faire autrement – ont boudé ce sommet destiné à soulager le sort du milliard d’affamés. Une telle légèreté n’est jamais observée aux sommets de l’OMC où l’on parle gros sous. De ses propres gros sous.
La carte de la faim est souvent entrevue comme une opportunité économique. Combien de fois, des responsables professionnels ont-ils nourri l’espoir des agriculteurs bretons qu’ils garniront une étagère du garde-manger de la planète dont la population connaît une croissance sans précédent. Mirage des 9 milliards de bouches à nourrir en 2050.
L’addition s’alourdit
Inutile d’attendre si l’enjeu économique est si intéressant pour les pays riches. Depuis 2007, on assiste à une reprise massive de la faim dans le monde. Le marché s’agrandit ! Et paradoxe, c’est à la campagne que l’on meurt le plus de faim. Les paysans ne sont pas responsables de leur funeste sort. C’est l’organisation, l’accompagnement, la politique agricole qui font défaut.
Aujourd’hui, l’accaparement des terres arables par des pays étrangers ajoute une couche supplémentaire au désarroi de la population locale ainsi privée de ses biens de production. Depuis 2006, 30 millions d’hectares, soit une fois et demie la SAU de la France, ont été spoliés par des pays étrangers, sans réelle contrepartie. Une néo-colonisation au parfum amer de véritable scandale.
En 2011, le même constat sera dressé à la réunion bisannuelle de la FAO. L’addition sera juste un peu plus lourde. Sur les 160 millions d’habitants supplémentaires, 100 millions auront faim. À moins que d’ici là… À moins que d’ici là, n’explosent de nouvelles émeutes de la faim. « Toutes les conditions pour une nouvelle crise alimentaire sont réunies. Les prix sur les marchés locaux sont plus élevés qu’il y a un an », relève Olivier De Schutter, rapporteur spécial pour le droit à l'alimentation du Conseil des droits de l’homme à l'Organisation des Nations unies. À bon entendeur salut. Oh ! Cynique pardon : ventre vide n’a pas d’oreille.
Didier Le Du
Photo : Jeune paysan sénégalais dans une culture d’arachide. C’est l’organisation et l’accompagnement qui font défaut.