
C'est une condition pour continuer à vendre sur certaines destinations". Telle est la première raison qui a conduit Christian et Michel Stephan à entrer dans les démarches de certification Global Gap et AgriConfiance en 2005. Ils gèrent une SAU de 65 ha, dont 45 ha de chou-fleur d'automne et d'hiver et 25 ha de salade 4ème gamme, avec un salarié permanent et des occasionnels.
L'appréhension du début a vite laissé la place à une meilleure organisation et davantage de sécurité sur l'exploitation. "Ces obligations vont dans le bon sens. Par exemple, c'est sécurisant d'avoir tous les produits phytosanitaires regroupés dans un local fermé à clé", note le producteur. Des astuces naissent également des contraintes : plutôt que d'opter pour un bac de rétention phytosanitaire, le producteur a placé un volucompteur sur la potence de remplissage du pulvérisateur pour empêcher le débordement. "Plus sûr et plus pratique". Pour améliorer la précision de traitement, le pulvérisateur est équipé d'un système DPAE (Débit Proportionnel à l'Avancement Electronique) - non exigé dans les certifications.
La couverture des légumes est obligatoire. "Nous avions déjà deux remorques bâchées avant la certification. Elles permettent de protéger les légumes en hiver comme en été. Les tapis de récolte vont aussi dans le sens d'une meilleure qualité des produits qui restent moins longtemps sur la parcelle". De grande dimension (planchers de 8 m et 10,40 m), les remorques sont équipées de pneus basse pression pour limiter le tassement des sols.
Des investissements limités
Global Gap n'a pas demandé aux producteurs des investissements trop importants. "Nous avons construit nous-mêmes le local phytosanitaire et le bac de rétention sous la cuve de fioul. La prime versée par la Sica nous a permis entre autres d'acquérir du matériel informatique pour faciliter la traçabilité. Tous les soirs pendant ¼ d'heure, je saisis les différentes interventions réalisées, sur le logiciel Culture Plus".
Pour les phytos, Global Gap demande de saisir un grand nombre d'informations : le nom du produit, la cible, la date de traitement, le délai avant récolte, la dose, le pulvérisateur, l'opérateur, le motif (préventif, suite à avertissement…). "Le logiciel est très bien adapté à nos productions légumières et facilite le travail d'enregistrement avec des zones préremplies". Les fiches de traçabilité des lots sont envoyées par mail.
La première année, le producteur a constitué un classeur contenant notamment les plans cadastraux des parcelles, des informations sur les intrants, les fiches à faire remplir pour les salariés (normes d'hygiène…). Concernant les déchets, ils sont recyclés selon leur nature (bouchons, emballages plastiques…). Un audit est réalisé par la Sica tous les ans et un organisme indépendant effectue des contrôles régulièrement. "Au départ, il faut remettre en question ses pratiques, mais c'est au final bénéfique", conclut le producteur.
Agnès Cussonneau
28% des producteurs certifiés Global Gap et Agriconfiance
Sur les 1 200 exploitations de la Sica, 330 sont certifiées Global Gap et Agriconfiance, soit 28% (progression de 10% sur un an). Dix producteurs vont encore plus loin avec le référentiel Nature's Choice, destiné au marché anglais. 40 à 45% des volumes en chou-fleur sont certifiés, et la totalité en champignons, salades et mini-légumes. Les 22 stations de conditionnement de l'OP sont également sous Global Gap, dont celle de Kervent engagée en plus dans la démarche IFS (International Food Standard) qui assure aux clients la sécurité alimentaire des légumes conditionnés. En Bretagne, 520 producteurs des OP adhérentes à l'AOP Cerafel sont certifiés AgriConfiance Qualité-environnement et 124 AgriConfiance Qualité (dont la totalité en tomates). 500 producteurs sont Global Gap.
OPINION / Joël Lamanda, légumier à Plougasnou, Responsable des démarches qualité Sica
"Le plus compliqué, c'est le début"
Les certifications sont exigées par de nombreux acheteurs, notamment à l'export. Il est arrivé que des lots soient refusés, car non certifiés Global Gap. Des négociants ont même dû renoncer à des marchés allemands. Certifier les exploitations est donc devenu indispensable pour continuer à vendre. Ces certifications demandent certes un changement des habitudes, le plus compliqué étant le début avec quelques investissements éventuels et la mise en place des classeurs. Mais les producteurs sont accompagnés par le service qualité, et au final, sont rassurés, en phase avec la réglementation et la conditionnalité Pac. Ils bénéficient d'une meilleure organisation de leur exploitation. Des aides sont proposées pour entrer dans la démarche. De plus, les productions Global Gap sont mieux valorisées (2 à 3 cent./tête de chou-fleur en moyenne).