
Chaque producteur peut aujourd’hui acheter du lait supplémentaire à 0,15 euro par litre, grâce au système des Transferts spécifiques sans terre (TSST). Au cours de la campagne, il peut aussi se voir proposer une rallonge. Oui, mais dans les deux cas, est-ce vraiment intéressant ? Comment prendre cette décision ? Le calcul du coût marginal peut aider le producteur à choisir. Le principe : isoler et évaluer le coût des unités supplémentaires.
Incidences techniques
Prenons l’exemple de M. Saout qui produit 345 000 litres de lait avec 46 vaches et la suite, soit une moyenne de 7 500 l/VL. Son chargement moyen est de 1,5 UGB/ha. M. Saout souhaite se porter acquéreur de 15 000 litres supplémentaires, à 0,15 euro/1 000 litres, dans le cadre de la procédure TSST. La somme sera réglée sur ses fonds propres. Il veut vérifier l’intérêt de cet investissement. Premier élément à prendre en compte : les incidences techniques sur l’élevage. Il faudra ajouter deux vaches au troupeau pour produire la nouvelle référence de 360 000 litres. En général, il faut 2/3 de vaches laitières pour 1/3 de génisses. Il faut donc prévoir 3 UGB de lait de plus (2 UGB VL + 1 UGB génisse). Si les génisses sont présentes sur l’exploitation, c’est un avantage. Par contre, si les disponibilités sont limitées, il faudra acheter des génisses prêtes à vêler ou des vaches en lactation. Ensuite, le renouvellement du troupeau devra intégrer le quota supplémentaire à produire. Côté fourrages, il faudra tenir compte de la nouvelle donne dans l’assolement (3 UGB / 1,5 UGB par ha = 2 ha), au détriment des cultures de vente.
Première année déficitaire
Sur un plan économique, la première année sera déficitaire comme bien souvent (cf. tableau 1). Les nouvelles charges liées à l’achat du lait, et celles engendrées par les deux vaches supplémentaires pèsent lourd dans la balance. Cependant, elles ne seront supportées que la première année. Et dès la deuxième année, le bilan est bien meilleur (cf. tableau 2).
Pour se baser sur le coût marginal du lait supplémentaire produit, il faut faire abstraction du produit issu de la vente de lait. Pour ce faire, il suffit de prendre le bilan de la 1ère année et d’y retrancher la vente de lait soit : -3100 euros - 4350 euros = - 7450 euros. Le coût marginal en 1ère année est donc de 7450 euros /15 milliers de litres, soit 497 euros /1000 litres. Sur la seconde année et les suivantes, cela fait : +2 000 euros
- 4 350 euros = - 2 350 euros. Le coût marginal estimé des années suivantes est donc de 3 250 euros /15 milliers de litres, soit 157 euros /1 000 litres. Au fur et à mesure des années, la moyenne des coûts marginaux intégrant l’ensemble des années écoulées depuis l’investissement va donc diminuer (cf. tableau 3). En année 2, cette moyenne sera calculée ainsi : 497 + 157 / 2 soit 327 euros /1 000 l. En année 3, elle sera calculée ainsi : 497 + 217 + 217 / 3 soit 270 euros /1 000 l. En fonction de l’évolution du prix du lait, le retour sur investissement sera donc plus ou moins long.
Emmanuel Etesse
Cogedis
Légende : Avant de décider de racheter un droit à produire, une analyse du coût marginal s’impose pour avoir toutes les cartes en mains.