
Ambiance particulièrement chaude jeudi 19 novembre au Parc de Kergoz à Guingamp, pour le rassemblement initié par l’Apli (association des producteurs de lait indépendants). Le mouvement continue de séduire. Plusieurs centaines d’éleveurs se sont retrouvés, en présence de Pascal Cousté, le délégué régional pour l’association, qui encourage à dépasser les clivages syndicaux. On notait d’ailleurs la présence de quelques responsables de la Coordination Rurale, mais aussi de la Confédération Paysanne.
Le ton était rapidement donné. Une présentation rapide des deniers chiffres du CER par Laurent Marc, responsable du service études, met en évidence la dégradation constante des revenus au fur et à mesure de la clôture des exercices sur 2009. Les résultats du 3e trimestre confirment des revenus moyens en dessous de 10 000 euros par UTHF. Ils pourraient se situer aux environs de 5000/6000 euros pour les clôtures de fin décembre. De quoi attiser la colère des éleveurs présents.
L’actionnaire non désiré
Un contexte tendu pour les responsables des entreprises laitières et notamment ceux d’Entremont Alliance et d’Unicopa, Patrick Wecksten, responsable communication d’Entremont Alliance, Gilles Bars et Patrice Leloup, président et directeur d’Unicopa, invités à monter à la tribune. Jacques Guillou, président de la section laitière de Coopagri Bretagne (Laïta) était également présent.
Pendant plus d’une heure, souvent sous la huée de la salle, ils ont été soumis aux feux croisés des questions des responsables de l’association, invectivés par des éleveurs visiblement excédés. Les responsables ont eu bien du mal à convaincre des éleveurs pas franchement décidés à entendre ni les difficultés de la filière, ni la situation délicate de l’entreprise Entremont Alliance sur ses marchés spécifiques (Emmental), et encore moins la proposition d’adossement au groupe coopératif Sodiaal. Même le geste sur le prix des trois derniers mois qui permet d’assurer aux producteurs d’Entremont Alliance les 262 euros/1 000 litres, au lieu des 243 euros initialement annoncés, a été fraîchement accueilli.
Mais, ce qui passe le moins, c’est la contribution financière demandée aux éleveurs dans le projet Sodiaal (1,7 euro/1000 litres pour acquérir les parts sociales, et 3,8 euros/1000 litres dits de prélèvement pour la restructuration (voir article ci-dessous). À cela s’ajoute la réflexion clairement évoquée lors des réunions de l’association (AEBEA) de la mise en place d’un système de double volume, double prix. Les dirigeants présents d’Entremont Alliance expliquent qu’il ne s’agit pas d’un préalable à un accord, mais les éleveurs se montrent très sceptiques.
Les leaders de l’Apli tentent aussi de démonter le projet en appuyant là où cela peut faire mal. Le groupe Unifem (Albert Frère) actuellement actionnaire majoritaire d’Entremont Alliance, garderait 15 % de la nouvelle entité créée dans le cadre du rapprochement avec Sodiaal. PAI Partners (fonds d’investissements) dont Albert Frère est aussi l’un des actionnaires, détient à 50 % la marque leader de Sodiaal (Yoplait). Les éleveurs ne veulent plus entendre parler de celui qui les a conduits dans l’impasse, mais pas facile de s’en séparer.
Un office du lait
Difficile donc de convaincre un auditoire par avance hostile. Plus globalement, l’Apli maintient sa stratégie : porter le débat au niveau d’une interprofession nationale et au-delà dans une interprofession européenne. Ils maintiennent la pression pour forcer la porte de l’interprofession nationale. Fustigeant la FNPL et la FNSEA, qu’ils accusent d’user d’un double langage, entre leur position nationale sur la régulation des marchés et leur manque d’implication sur ce même dossier au sein du Copa-Cogeca.
En fin de rassemblement les représentants du mouvement ont présenté un projet de création d’un office du lait. Il aurait vocation à mutualiser le lait, non pas pour le commercialiser mais pour négocier au sein de l’interprofession élargie. Chaque producteur a été invité en fin de réunion à remplir une demande d’adhésion à ce futur office. La démarche mérite un peu de clarification car si, sur le principe, l’idée peut s’avérer séduisante, la mise en œuvre concrète reste encore évasive.
Pierre Dénès
Légende : Un bon millier d’éleveurs à Guingamp, à l’appel de l’Apli, preuve que le mouvement ne s’essouffle pas.